Entretien avec Fabrice Pouplin – De bouts de vent

Entretien avec Fabrice Pouplin – De bouts de vent

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

Un sentiment d’aboutissement forcément ! Écrire un livre est un projet qui s’étend sur deux, trois ans, parfois davantage… Le tenir dans mes mains a été une grande satisfaction car c’est la concrétisation d’une histoire qui m’a porté pendant longtemps, sans vraiment savoir si cela mènerait quelque part. En même temps, j’ai ressenti une certaine angoisse à lâcher ce livre. Il m’a fallu accepter de mettre un point final à ce projet et de le dévoiler aux lecteurs.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

Les retours ont été assez unanimes et les commentaires globalement similaires. L’histoire est vite prenante et la plongée dans le début des années 70 a séduit beaucoup de lecteurs. Certains ont été impressionnés par le travail de recherche sur cette époque et les détails très réalistes apportés à la fiction. La fin fonctionne à merveille et crée exactement l’effet que je recherchais. Elle amène de nombreuses personnes à relire le livre car on se retrouve complètement dérouté. Le style est également apprécié notamment pour sa fluidité. Voici un florilège de quelques avis :

« Une plongée romanesque au cœur des années 60/70, une histoire de gosse, une histoire d’amour… ce livre aurait été à ce stade parfait. Parfait de documentation, parfait d’immersion dans un monde méconnu de naissance du féminisme, parfait d’esthétisme d’une époque de liberté et de révolution… Mais non, l’auteur se joue de nous une dernière fois sur un chapitre final qui transforme le livre et nous laisse pantois. Un premier roman ? Une révélation ! »

« J’ai beaucoup aimé ce livre. Il raconte le destin d’une mère et de son fils, de 1968 aux années 2000. On souffre avec Antoine qui cherche des réponses à ses questions et qui ne rencontre que des silences. »

« Très bon roman qui nous transporte dans les années 60-70, l’histoire nous tient en haleine tout le long de la lecture et finit en apothéose, à lire absolument »

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

Avant de me lancer dans l’écriture de ce roman, je me suis beaucoup renseigné sur les exigences de présentation du texte auprès des maisons d’édition. Je savais que c’était une condition essentielle pour que le roman puisse passer en comité de lecture. Une fois que mon manuscrit a été accepté, tout s’est passé très vite… J’ai eu un appel au mois d’aout et fin septembre, le livre était publié. Le plus difficile dans ce processus a été de choisir la couverture et de trouver l’image qui corresponde au roman. Beaucoup d’intervenants participent à l’élaboration d’un roman. C’était un univers inconnu, mais j’ai été très bien entouré durant les différentes étapes.  

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?

L’originalité repose avant tout sur la thématique de la filiation inconnue. L’histoire se base sur un secret de famille et sur un homme qui cherche des réponses sur un père qu’il n’a jamais rencontré et dont il ne sait rien. J’ai fait beaucoup de recherches lors de la phase préparatoire à l’écriture et je n’ai pas trouvé de roman à proprement parler qui traitait de ce sujet. Il y avait des récits principalement biographiques mais pas d’œuvre fictive qui s’empare du thème et qui en fasse l’intrigue principale. À cela s’ajoute une narration complexe puisque trois histoires cohabitent avec chacune sa propre intrigue : un récit policier très secondaire, l’histoire de la mère et celle du fils. Ce sont donc trois formes différentes d’écriture qui permettent d’échapper à une certaine monotonie. Enfin le dénouement qui intervient dans les deux dernières pages du roman est la véritable force du livre et en surprend plus d’un… Je ne peux évidemment pas en dire plus sur le sujet ! Le retour des premiers lecteurs m’a permis de comprendre que chacun trouvait un intérêt différent et s’attachait plus à une histoire qu’à une autre, même si toutes se rejoignent au final. Beaucoup de personnes souhaitent relire le livre ce qui montre que l’objectif est atteint. Je voulais interroger notre rapport au roman et à l’écrit de manière générale. Cet aspect est plus subtil mais certains le perçoivent tout de même.    

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

Il m’aura fallu trois ans en tout pour venir à bout de ce roman. Durant les six premiers mois, j’ai effectué des recherches sur les années 70, l’engagement féministe à cette époque et j’ai visionné des tonnes d’images d’archives pour m’imprégner de l’atmosphère. J’ai beaucoup travaillé également sur la psychologie du personnage principal qui grandit avec le silence de sa famille sur ses origines. Une fois ces éléments réunis, j’ai bâti plusieurs synopsis pour que les événements racontés trouvent une certaine cohérence. Écrire un premier roman en jonglant avec trois histoires a demandé une grande rigueur et un énorme travail en amont. Est ensuite venu le temps de l’écriture durant lequel j’ai toujours appliqué la même méthode. Je me levais à cinq heures du matin sans réveil, comme si le roman m’appelait. Je commençais toujours par corriger et modifier ce que j’avais écrit la veille pour me replonger dans l’ambiance. Puis, j’avançais sur la suite. Chaque séance d’écriture durait environ cinq heures et je me fixais quatre à cinq pages de manuscrit minimum. Évidemment, je n’écrivais pas tous les jours mais au moins deux fois par semaine. Je me suis souvent laissé surprendre pendant l’écriture en intégrant des réflexions ou des anecdotes qui n’étaient pas forcément prévues. Aux deux tiers du roman les personnages ont fini par « prendre le pouvoir » et j’ai dû modifier la fin.   

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui, sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

J’ai plusieurs projets en tête que je vais tâcher de mener à bien. Je ne pense pas avoir fait le tour de ce thème de la filiation, qui m’intéresse beaucoup, et j’ai une histoire qui prend le sujet sous un autre angle. Je ne sais pas encore s’il s’agira d’un roman ou d’une pièce de théâtre mais l’écriture devrait commencer cette année. Il y a aussi une histoire d’amour que je souhaiterais raconter de manière originale mais je ne peux pas en dire beaucoup plus. Rendez-vous en 2022 pour le second livre !  

Fabrice Pouplin, auteur de De bouts de vent, disponible sur le site des Editions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.