La Cité

Né à Saint-Loup, dixième arrondissement de Marseille, en 1951 à la clinique La Granada. Cette belle histoire, de l’enfance à la cité La Gardanne, à Saint-Loup, jusqu’à l’entrée au lycée Marcel Pagnol, malgré tous mes efforts, n’aura pas fait de moi la gloire de mon père…. Dommage.
Actuellement… retraité, ancien infirmier de secteur psychiatrique, il sera difficile de rattraper le temps passé. Passé, et non perdu, même s’il est un peu tard maintenant.

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Description

Les belles histoires qui ne se terminent pas forcément mal, mais pas si bien, amènent souvent une note de tristesse qui rime toujours avec tendresse. Les histoires qu’on a envie de raconter sont souvent belles. Quand l’histoire est belle, ou quand on a envie qu’elle le soit puisqu’on a envie de la raconter, et que ça ne se termine « pas si bien », c’est toujours un peu triste. L’envie se transforme alors en besoin pour aller bien au-delà d’elle-même afin d’assouvir la quête du pourquoi « ça » s’est passé… comme « ça ». Toutefois, sans mentir ni tricher, les histoires un peu douloureuses peuvent rester quand même un peu belles. Elles renferment toujours un petit quelque chose de beau qui demeurera, quelle que soit l’histoire, même s’il faut l’extirper du plus profond des souvenirs. Je verrai forcément en grandissant, ou plutôt en vieillissant, pour peu que le scénario change un peu, comment se passera la vraie « fin finale », comme le disait ma mère à propos de toutes les histoires qui, un jour ou l’autre, de toute manière, à « la fin finale », se terminent toujours… en bien, ou en mal.
Peut-être, deviendrais-je, un jour, la gloire de mon père… ?
La vie est pleine de… dommages

Partager ses propres souvenirs, c’est aussi inviter l’autre à visiter les siens en revivant les bruits, les sons, les odeurs, et même, en lisant bien du fond des yeux, les situations qui pour autant différentes qu’elles soient, « à la fin finale » se ressemblent en beaucoup d’endroits que l’on pensait disparus…

Extrait

La cité, reliée au boulevard de Saint-Loup par l’Avenue Florian, faisait elle-même petit village. Toutefois, elle ne pouvait rivaliser avec le grand village où, comme en ville, les commerces divers offraient pratiquement tout ce dont on pouvait avoir besoin. Boulangeries, pharmacies, magasins d’alimentation, coiffeurs, cordonnier, bars, mercerie, librairie, et même le grand cinéma, La Cascade, avec les meilleurs films tout juste sortis. Tout comme en ville, Il ne manquait rien ! On trouvait aussi du poisson frais du jour chez Rosette, la poissonnière, sans avoir à se déplacer jusque sur le Vieux Port, et on pouvait même aller chez le docteur ou chez le dentiste sans descendre en ville… Tout ! En plus, la route nationale qui devient, à un moment, boulevard de Saint-Loup, avec ses bus qui relient le centre-ville de Marseille à Aubagne, et le charroi(1) des heures de « pointe », fait du village une solide place de communication. Une vraie ville, quoi !
Rien de tout ça à La Cité. Les maisonnettes, le château, et d’un côté du château qui donnait sur l’Avenue Centrale, les deux épiceries des commerçants Ninou et Durand, la boucherie, la boulangerie, et le cycle Misu. L’autre côté du château donnait sur l’Avenue des cigales et constituait l’espace football. Rien de plus !

Enfin… rien de plus ? Et le château, alors ?

Le château, vestige proéminent d’une autre époque, dominait imperturbablement et fièrement les toitures rouges des maisons agglutinées à ses pieds. Un peu comme le ferait un gardien bienveillant, je l’imaginais secrètement veiller à ce qu’aucun danger ne vînt menacer La Cité. Si besoin était, à coup sûr, il donnerait l’alerte. Il m’arrivait parfois, au détour de quelques courses dont on m’avait confié la tâche, de rester longuement planté devant lui, juste avant d’entrer chez la boulangère, à imaginer mille histoires plus rocambolesques les unes que les autres. Il représentait « pour de vrai » le château de toutes les épopées chevaleresques qui m’envahissaient rien qu’en le regardant. Il n’avait pourtant rien d’un château fort. Tout juste une ancienne grande bâtisse qui aurait revêtu une idée de fausse laideur héritée d’une beauté surannée. Il fallait vraiment l’imaginer « fort ». Cependant, sa fragilité désinvolte qui semblait défier le temps dégageait une impression de robustesse rassurante. Il symbolisait l’identité du lieu, et en était le repère. Pas spécialement le centre géographique, le repère. On reconnaissait le château, avant de connaître La Cité !

Oui, c’est bien moi le gardien de but des pupilles de l’U.S.M Saint-Loup. Personne ne voulait faire le goal, je vous l’ai dit, et que n‘aurais-je pas fait pour jouer le match, même à 9 contre onze !

 

 

 

Aujourd’hui, avec le temps qui disperse les choses de la vie dans son invisible tourbillon, je suis passé de pupille à vétéran en gardant bien en mémoire les petites choses du bonheur éternel… Les pupilles de l’U.S.M, l’Huveaune, la fête foraine de la place de l’Octroi, la jungle, juste à côté du stade, la danseuse aux élastiques, les brousses, les glaces, le toride été provençal, les cigales, prendre le frais jusqu’à pas d’heure…

 La Cité, quoi ?

Oui…  le paradis perdu de La Cité, où les automobiles sont bien plus nombreuses maintenant… !

 

 

(1) C’est ainsi que l’on parlait, à l’époque, et en tout cas à la cité, pour traduire les embouteillages et la circulation automobile importante. « Je descendrai en ville un peu plus tard. Il y a trop de charroi à cette heure, ça risque de coincer partout et d’être long. »

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