Lawyers à la Dérive

Je suis Nicholas Beaulieu. Je souhaite partager avec vous mon expérience de Managing Partner du bureau parisien d’un cabinet d’avocats international de premier plan, un univers où se mêlent jeux de pouvoir et ambitions personnelles.
I am Nicholas Beaulieu. I wish to share with you my experience as Managing Partner of the Paris office of a first class international law firm, a professional universe where power games and personal ambitions mingle.

En participant à cette campagne de lancement, les Éditions Maïa vous permettent de découvrir en exclusivité et en avant-première les confessions de Nicholas Beaulieu.

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Description

Lawyers à la Dérive
Dérives

« Je ne suis ni pervers, ni misogyne, ni raciste, ni homophobe. Je suis avocat. Tous les faits révélés dans cet ouvrage sont exacts. »

Satire du monde des avocats d’affaires destinée aux avocats et aux étudiants en faculté de droit, Nicholas Beaulieu vous livre son expérience de Managing Partner du bureau parisien d’un cabinet d’avocats international de premier plan.

Ascension professionnelle, cynisme, cruauté, mêlant jeux de pouvoir et ambitions personnelles ; un mélange de 99 francs et de Wall Street dans l’univers du droit ; ouvertement inspiré par Michel Houellebecq et Bret Easton Ellis.

« Au cours de mon ascension professionnelle, à chaque étage où l’ascenseur s’arrêtait, je m’attendais à ce que les portes s’ouvrent sur un parterre de personnalités toutes plus brillantes les unes que les autres, qui auraient tôt fait de justifier le syndrome de l’imposteur dont je souffrais.
Or, à mon grand étonnement, je retrouvais, invariablement, à chaque étage, le même nombre d’opportunistes, de chanceux et de pistonnés, entourés de quelques personnes qui les surclassaient, mais qui n’étaient, fondamentalement, pas forcément plus brillantes que celles qui sortaient du lot aux étages inférieurs. Je comprenais alors que, plus que le talent, les facilités et le travail, la réussite professionnelle dépend d’autres facteurs : une détermination sans faille, une assurance implacable, et être capable, sans scrupules, de déloyauté, souvent, de cruauté, parfois. »

« 815 8 th Avenue – July 2018
« 
We love people, we believe in imagination. »
Ce slogan, imprimé à grands frais sur un kakémono géant qui oscille majestueusement dans le grand hall baigné de lumière, me saute immédiatement aux yeux.
Il s’agit du nouveau
gimmick du Cabinet, qui s’affichera bientôt sur les écrans de nos ordinateurs, nos stylos, nos sacs à main, nos parapluies, les présentations à nos clients.
Car chez Brown Traver Crae & Smith, on aime les gens, surtout quand ils ont de l’imagination.
D’ailleurs, on aime tellement les gens que je suis convoqué à New York par la maison mère pour un vaste plan de redéploiement stratégique (i.e. plan de licenciement).
Je dirige le bureau parisien de ce cabinet d’avocats international depuis 2 ans, et je vais nécessairement être mis à contribution.
Certainement que l’on va attendre de moi beaucoup d’imagination, pour ne pas brusquer inutilement tous les gens formidables qui travaillent pour nous, et que nous adorons.
Présent dans 19 juridictions, avec sa maison mère implantée à New York, au cœur de Manhattan, notre Cabinet intervient dans tous les domaines du droit des affaires, avec une position de leader dans les métiers des fusions-acquisitions, du contentieux et de l’arbitrage international.
Notre valeur ajoutée réside dans les armées mexicaines de jeunes avocats prêts à tout pour gravir un à un les échelons qui mènent vers le
partnership, l’association.
Sacrifiant leur vie personnelle, leurs amis, leurs petites copines, leurs passe-temps préférés, ils se jettent à corps perdu dans la bataille, alors que seul 1 % des avocats ayant débuté leur carrière chez nous deviendront associés.
J’ai moi-même beaucoup souffert pour conquérir ce statut, et plus encore pour devenir
managing partner du bureau de Paris, et plus jeune responsable de l’une des succursales de notre vénérable institution. Écraser mes concurrents directs à l’association n’a pas été une mince affaire, et affirmer ensuite mon autorité face à des requins ayant des années de cynisme de plus que moi a constitué un véritable challenge.
Mais après avoir franchi tous ces obstacles, je joue maintenant dans la Cour des grands, et c’est auréolé de mes nombreux succès que je me retrouve convié à New York pour parler stratégie avec les
managing partners des 18 autres bureaux.
Après un rapide contrôle d’identité, je prends l’un des 8 ascenseurs qui mènent au 32e étage, où les entretiens individuels avec le bureau exécutif, l’
Executive Strategic Committee (ESC), ont déjà commencé.
À mesure que l’ascenseur réalise sa montée, les costumes des avocats deviennent de plus en plus cintrés, leurs voitures de plus en plus puissantes, et leur cynisme de plus en plus affirmé.
L’ascenseur atteint le 32e étage et ses salles de conférence avec exposition panoramique. La vue sur Central Park est imprenable, et on aperçoit distinctement Time Square, Brooklyn, the Empire State Building. On devine même, au loin, les petits bateaux qui se dirigent vers Ellis Island.
New York dans toute sa splendeur. Le dynamisme de sa place financière, ses milieux d’affaires prétentieux, ses restaurants hors de prix, ses loyers exorbitants, ses sans-abri qui assistent au ballet des Lotus et Lamborghini depuis leur carton, Rudolph Giuliani, The New York Post, l’odeur de fast-food et de hot dog omniprésente à chaque coin de rue, une ville de plus en plus arrogante, excessive et, depuis l’élection de Donald Trump, raciste.
Je retrouve, dans un immense salon, mes alter ego des autres bureaux étrangers. Tous attendent leur entretien individuel avec les 6 membres du bureau exécutif, l’
Executive Strategic Committee (ESC).
Je sonde mes collègues, qui sont également au courant des efforts qui vont nous être demandés afin de mettre en œuvre la cure d’assainissement envisagée. Il s’agit, en substance, de nous délester des associés devenus indésirables.
Mon collègue de Washington, Trevor, paraît bien embêté. Je sais que son bureau est dilutif, et que ses associés sont, pour la Firme, plus coûteux les uns que les autres, et lui le premier.
Trevor se prépare certainement à ce que le bureau exécutif lui demande de plier les gaules. Je le sens résigné, peut-être triste, mais il ne le montre pas.
J’essaie de le maintenir à distance, car je ne veux pas que l’on m’aperçoive, dans ces circonstances, à côté d’un
loser.
Je m’approche des quelques
managing partners dont les bureaux tournent à plein régime.
Eux ne cachent pas leur satisfaction de pouvoir virer sans ménagement les associés les moins rentables.
Peu de temps après les avoir rejoints, la porte du bureau où les entretiens ont lieu s’ouvre, et Felipe,
managing partner du bureau de Madrid, en sort.
“Alors ?

– Me despidieron. They have just sacked me.”
Nous nous pressons autour de Felipe pour obtenir plus de détails.
Mais, lorsque la porte du bureau s’ouvre de nouveau et que nous devinons la silhouette de Russel Willis, le global
managing partner worldwide, nous nous écartons tous subitement de notre collègue madrilène.
Felipe reprend ses affaires, seul, et quitte le plateau, sans rien dire. Personne ne le salue ni ne le regarde.
Une quinzaine de minutes après cet instant de “gêne”, je me retrouve face aux 6 membres de l’ESC, tous masculins, tous blancs et tous, autant que je sache, hétéros.
“So Nicholas, what’s up in Paris ?” »

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