Textes inédits de JG – Les Lettres de la Mal Aimée – Spin Off de La mal-aimée

Les Lettres de la Mal Aimée
Certaines histoires se terminent avec le dernier chapitre d’un livre. D’autres continuent à vivre dans les silences, les souvenirs et les mots que l’on n’a jamais osé prononcer.
Lorsque j’ai refermé les pages de La Mal Aimée, j’ai cru avoir tout dit.
Je me trompais.
Car il reste toujours des paroles enfermées dans le cœur, des questions sans réponse, des regrets, des espoirs, des blessures et des pardons que l’on porte en soi pendant toute une vie.
J’ai donc décidé d’ouvrir un nouveau chapitre. Non pas un roman, mais une série de lettres.
Des lettres adressées à celles et ceux qui ont façonné mon existence : ma mère, ma sœur, mon fils, la petite fille que j’étais autrefois et la femme que je suis devenue.
Ces lettres n’ont jamais été envoyées. Certaines auraient pu changer une vie. D’autres arrivent trop tard.
Mais toutes portent une vérité : la mienne.
Bienvenue dans Les Lettres de la Mal Aimée.
Aujourd’hui, je vous invite à découvrir la première d’entre elles, une lettre écrite avec les mots que j’ai cherchés toute ma vie.
Feuilleton 1
Lettre à maman
« Toute ma vie, j’ai cherché les mots qui pourraient construire un pont entre toi et moi… »
Ma chère maman,
Il y a des lettres que l’on écrit avec de l’encre et d’autres que l’on écrit avec les larmes que l’on n’a jamais versées. La tienne fait partie de celles-là.
Toute ma vie, j’ai cherché les mots qui pourraient construire un pont entre toi et moi. Un pont assez solide pour traverser les années, les silences, les colères et les blessures. Pourtant, chaque fois que je croyais l’avoir trouvé, il s’effondrait sous le poids de nos douleurs. Aujourd’hui encore, je me demande pourquoi.
Pourquoi étais-je celle que tu regardais différemment ?
Pourquoi avais-je l’impression d’être toujours de trop ?
Pourquoi mes réussites semblaient-elles te laisser indifférente, alors qu’un simple sourire de toi aurait illuminé des semaines entières de mon existence ?
Tu ne peux pas imaginer combien j’ai attendu certaines paroles. Je n’attendais ni cadeaux ni privilèges. Je voulais seulement t’entendre dire :
1
« Je suis fière de toi. »
Ces quelques mots auraient suffi à apaiser tant de tempêtes.
Petite fille, je te regardais comme on regarde le soleil. Tu étais ma mère, mon refuge, mon univers entier. Même lorsque tu me blessais, je continuais à courir vers toi. Même lorsque tes paroles me déchiraient le cœur, je continuais à t’aimer.
C’est peut-être cela, le plus grand mystère de l’amour d’un enfant. On continue d’aimer, même lorsque l’on souffre. On continue d’espérer, même lorsque plus rien ne semble possible. Et moi, j’ai espéré pendant des années.
J’ai espéré que demain serait différent.
Qu’un matin, tu me serrerais dans tes bras sans raison.
Que tu me regarderais enfin comme une fille que l’on aime, et non comme une erreur que l’on regrette.
Mais le temps a passé. Les saisons se sont succédé. J’ai grandi. Je suis devenue femme, puis épouse, puis mère.
Et c’est en tenant mon propre enfant dans mes bras que j’ai compris l’étendue de ma blessure. Car, en regardant mon fils, je ne pouvais imaginer un seul instant lui adresser les mots qui m’avaient tant fait souffrir.
Cette découverte ne m’a pas éloignée de toi. Au contraire, elle m’a rendue triste pour toi. Très triste.
Parce qu’avec les années, j’ai fini par comprendre qu’une personne qui fait souffrir porte souvent, elle aussi, une profonde souffrance.
Je crois aujourd’hui que, derrière ta dureté, se cachait une femme blessée. Une femme fatiguée. Une femme qui portait ses propres déceptions et qui ne savait plus comment aimer sans se protéger.
Peut-être que je me trompe. Peut-être que je n’aurai jamais la réponse. Mais je refuse de croire que tu étais seulement cruelle. Je préfère penser que tu étais prisonnière de tes propres blessures.
Maman,
J’aimerais que tu saches quelque chose. Malgré nos disputes, malgré mes larmes, malgré les nuits passées à me demander ce que j’avais fait de mal, je n’ai jamais cessé de t’aimer. Jamais.
J’ai parfois été en colère. J’ai parfois été révoltée. J’ai parfois voulu partir très loin. Mais, même dans ces moments-là, une partie de mon cœur continuait à chercher ton affection.
Aujourd’hui, les années ont passé. La petite fille qui pleurait dans son lit existe encore quelque part en moi, mais elle est moins seule.
Elle a appris à se relever. Elle a appris à vivre. Elle a appris que sa valeur ne dépend pas du regard des autres, pas même de celui de sa propre mère.
Et c’est peut-être cela, la plus grande victoire de ma vie : apprendre à m’aimer malgré ton absence d’amour, apprendre à croire en moi malgré tes doutes, apprendre à avancer malgré mes blessures.
2
Alors, si un jour nos âmes se retrouvent quelque part au-delà des nuages, j’espère que nous pourrons enfin nous parler sans colère. Simplement comme une mère et sa fille. Sans reproches. Sans peur. Sans douleur.
Et peut-être que, ce jour-là, tu poseras enfin sur moi ce regard que j’ai attendu toute ma vie. Un regard rempli d’amour.
Ta fille,
Jane
La mal-aimée est disponible sur notre site.