Entretien avec Anissa Amraoui auteure de Debout, toujours debout – Témoignage de résilience et de force
Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?
Quand mon livre est paru, j’ai ressenti quelque chose de très fort, mais aussi de très particulier. Ce n’était pas seulement de la joie ou de la fierté. C’était surtout l’impression de voir une partie de mon histoire, de mon parcours de mère, de femme et d’aidante, exister enfin quelque part en dehors de moi.
Pendant longtemps, j’ai écrit dans des moments très intimes, souvent la nuit, quand tout devenait trop lourd à porter. J’écrivais pour déposer ce que je vivais, pour laisser une trace, pour ne pas garder tout cela uniquement à l’intérieur.
Alors voir Debout, toujours Debout devenir un vrai livre, c’était bouleversant. J’avais l’impression que toutes ces nuits, toutes ces épreuves, toutes ces émotions prenaient enfin une forme concrète.
Il y avait aussi beaucoup de pudeur. Parce que ce livre parle d’amour, de résilience, de parentalité atypique, mais aussi de réalités parfois difficiles à montrer. Ce n’est jamais simple de livrer une partie aussi intime de soi.
Mais au fond, ce que j’ai ressenti surtout, c’est que ce livre avait trouvé sa place. Qu’il ne m’appartenait déjà plus totalement. Il pouvait désormais aller vers d’autres parents, d’autres familles, d’autres personnes qui, peut-être, avaient besoin de lire qu’elles n’étaient pas seules.
Et ça, pour moi, c’était immense.
Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?
Les premiers retours m’ont énormément touchée, parce qu’ils ont souvent été très profonds, très personnels. Beaucoup de lecteurs m’ont dit qu’ils avaient été bouleversés par la sincérité du récit, par sa vérité, mais aussi par la pudeur avec laquelle j’ai essayé de raconter des choses parfois difficiles.
Ce qui revient souvent, c’est que ce livre ne parle pas seulement de handicap ou d’autisme. Il parle aussi d’amour, de maternité, d’épuisement, de résilience, de solitude, de combat intérieur. Plusieurs parents se sont reconnus dans certaines pages, même avec des parcours différents. Certains m’ont dit avoir eu l’impression que je mettais des mots sur ce qu’ils n’arrivaient pas toujours à dire eux-mêmes.
J’ai aussi reçu des messages de professionnels du médico-social, d’éducateurs, de soignants, qui m’ont confié que ce témoignage leur permettait de mieux comprendre ce qui se vit à la maison, en dehors des établissements, dans le quotidien des familles.
Ce qui m’a le plus marquée, c’est quand des lecteurs m’ont dit : “On sent l’amour à chaque page.” Pour moi, c’est essentiel. Même quand je parle de fatigue, de difficultés, de peur ou de découragement, je voulais que l’amour reste au centre. Parce que c’est lui qui porte tout le reste.
Ces retours m’ont confirmé que ce livre pouvait créer du lien, ouvrir des discussions, et peut-être aider certaines familles à se sentir moins seules.
Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?
Cette expérience d’édition m’a appris à regarder mon écriture autrement.Au départ, j’écrivais surtout dans l’urgence, dans le besoin de déposer ce que je vivais. Mes textes étaient très spontanés, très bruts, souvent écrits dans des moments de fatigue, d’émotion ou d’agitation intérieure. Je n’avais pas forcément l’impression de “travailler” un livre. J’écrivais parce que j’en avais besoin.Le passage vers l’édition m’a permis de comprendre que ces textes, même très personnels, pouvaient former un ensemble cohérent. Qu’ils pouvaient porter un message plus large que mon histoire individuelle.J’ai aussi appris à accepter que l’écriture demande du recul. Il faut relire, trier, parfois couper, parfois reformuler, sans perdre l’âme du texte. C’est un équilibre délicat : rester fidèle à ce qu’on a vécu, tout en rendant le récit accessible à d’autres. Ce que je retiens surtout, c’est que l’écriture peut transformer une douleur intime en témoignage utile. Elle ne fait pas disparaître les épreuves, mais elle peut leur donner du sens. Elle peut créer un pont entre soi et les autres. Cette expérience m’a confirmé que je n’écris pas seulement pour raconter. J’écris pour transmettre, sensibiliser, laisser des traces, et peut-être aider d’autres familles à se sentir moins seules.
Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?
Je pense que l’originalité de mon livre vient de sa forme très intime et très vraie. Ce n’est pas un livre théorique sur l’autisme ou le handicap. C’est un témoignage de l’intérieur, écrit depuis la place d’une mère, d’une aidante, d’une femme qui avance avec ses enfants au milieu d’un quotidien souvent invisible.
J’ai voulu parler de la parentalité atypique sans chercher à l’embellir, mais sans jamais tomber non plus dans le misérabilisme. Je voulais montrer la réalité, avec ses moments de fatigue, de peur, de solitude, mais aussi avec toute la force, l’amour, les progrès, les petites victoires et la lumière qui existent dans nos vies.
Ce livre parle du handicap, mais il parle aussi de ce que cela transforme profondément chez un parent : la manière d’aimer, de tenir, de s’inquiéter, de se battre, de se relever.
Je crois que les premiers lecteurs l’ont bien perçu. Beaucoup m’ont dit qu’ils avaient été touchés par la sincérité du récit, par le fait que je ne cherche pas à donner une image
parfaite. Certains parents se sont reconnus dans cette ambivalence : aimer immensément ses enfants, tout en étant parfois épuisé par ce que le quotidien demande.
Pour moi, c’est là que se trouve l’originalité du livre : dans cette vérité-là. Une vérité sensible, humaine, parfois dure, mais toujours portée par l’amour.
Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?
Mon travail d’écriture s’est fait de manière assez instinctive. Je n’avais pas vraiment de méthode au départ. J’écrivais quand le besoin devenait trop fort, souvent le soir ou la nuit, dans ces moments où le silence laisse remonter tout ce qu’on garde en soi pendant la journée.
Je crois que mon premier rituel, c’était simplement d’ouvrir mon ordinateur et de laisser sortir ce qui devait sortir. Sans chercher tout de suite à faire beau, ni parfait. J’écrivais avec ce que j’avais sur le cœur, parfois dans la fatigue, parfois dans l’émotion, parfois avec cette impression qu’il fallait absolument que je garde une trace de ce que nous traversions.
Ensuite, avec le temps, j’ai relu mes textes. J’ai commencé à les rassembler, à voir les liens entre eux, à comprendre qu’ils racontaient un chemin. C’est là que le travail d’écriture est devenu plus construit : trier, reprendre, corriger, organiser, tout en essayant de garder la sincérité du départ.
Je n’ai pas une méthode très académique. J’écris beaucoup à partir de l’émotion, de l’observation, du vécu. Une phrase, une scène du quotidien, un souvenir ou une inquiétude peuvent déclencher un texte.
Mon astuce principale, c’est de ne pas attendre que tout soit parfait pour écrire. Je pose d’abord les mots comme ils viennent. Ensuite seulement, je travaille le texte. Pour moi, l’essentiel est de ne pas trahir l’émotion de départ, parce que c’est souvent là que se trouve la vérité du témoignage.
Comment avez-vous choisi le titre de votre livre ?
Le titre Debout, toujours Debout s’est imposé assez naturellement, parce qu’il résume à lui seul une grande partie de mon parcours.
Dans cette parentalité atypique, il y a des périodes où l’on tombe intérieurement, même si de l’extérieur on continue d’avancer. On gère les rendez-vous, les démarches, les
nuits compliquées, les inquiétudes, les crises, les besoins de ses enfants… et malgré tout, il faut continuer à se relever.
Ce titre parle de cette force-là. Pas une force parfaite, pas une force héroïque. Une force souvent silencieuse, parfois épuisée, mais qui continue malgré tout.
Il y a aussi derrière ce titre une résonance très personnelle. Ma sœur Samia, paix à son âme, avait souvent ces mots qui me portaient dans les périodes difficiles : “Allez, debout.” Elle avait cette lumière, cette capacité à me remettre debout avec quelques mots seulement.
Alors ce titre, c’est à la fois un message de résilience, une promesse faite à mes enfants, et une façon de transmettre un peu de cette force aux parents qui traversent des tempêtes semblables.
Debout, toujours Debout, pour moi, ce n’est pas dire qu’on ne tombe jamais.
C’est dire qu’on se relève encore. Même doucement. Même autrement. Mais on se relève.
Quel message aimeriez-vous transmettre à vos lecteurs ?
Le message que j’aimerais transmettre, c’est qu’on peut traverser des périodes très dures sans que cela enlève quoi que ce soit à l’amour que l’on porte à ses enfants.
Dans la parentalité atypique, il y a beaucoup d’amour, mais il y a aussi de la fatigue, de la peur, de la solitude, des inquiétudes pour l’avenir. On peut aimer profondément son enfant et être épuisé. On peut être reconnaissant de ses progrès et, en même temps, avoir peur de ce que demain réserve. Ces émotions peuvent coexister, et elles ne font pas de nous de mauvais parents.
J’aimerais que les familles qui lisent mon livre se sentent moins seules. Qu’elles puissent se dire : “Quelqu’un comprend.” Qu’elles sentent qu’elles ont le droit d’être fatiguées, d’avoir des moments de doute, mais aussi le droit d’être fières de tout ce qu’elles portent au quotidien.
J’aimerais aussi transmettre un message aux professionnels et à toutes les personnes qui entourent les familles : derrière chaque enfant en situation de handicap, il y a tout un foyer qui s’adapte, qui cherche, qui apprend, qui tient parfois dans l’ombre.
Et surtout, j’aimerais que ce livre rappelle que même dans les parcours les plus difficiles, il reste de la lumière. Parfois elle est petite, discrète, fragile. Mais elle est là. Et c’est souvent elle qui nous aide à rester debout.
Quels sont vos projets après ce livre ?
Après ce livre, j’ai envie de continuer à écrire et à témoigner, parce que je sens que cette parole est nécessaire. Debout, toujours Debout a ouvert quelque chose en moi : l’envie de transmettre davantage, de laisser des traces, mais aussi de continuer à sensibiliser sur la parentalité atypique, le handicap, l’autisme sévère, le quotidien des aidants et la réalité des familles.
Aujourd’hui, avec un peu de recul, je sais aussi qu’il y a encore beaucoup de retenue dans mon témoignage. Même si j’ai livré une part intime de mon histoire, je mesure que certaines réalités sont restées en retrait, par pudeur, par protection, ou parce qu’elles étaient encore trop fragiles au moment de l’écriture.
J’aimerais donc continuer à partager des textes, peut-être sous une forme encore plus intime, plus proche du journal. Il y a des choses que je n’ai pas encore dites, des textes que j’ai gardés pudiquement, des fragments de vie qui mériteraient peut-être d’exister autrement.
Je souhaite aussi poursuivre mon travail de sensibilisation sur les réseaux sociaux. Les retours que je reçois montrent à quel point beaucoup de familles se sentent seules, mais aussi à quel point certains professionnels ont envie de mieux comprendre ce qui se vit à la maison, au-delà des accompagnements en établissement.
Mon projet, au fond, reste le même : faire entendre une voix sincère, humaine, accessible. Une voix de mère, d’aidante, de femme, qui ne cherche pas à donner de leçon, mais à ouvrir une fenêtre sur une réalité souvent invisible.
Et si ce livre peut être le début d’autres rencontres, d’autres textes, d’autres échanges autour du handicap et de la résilience, alors j’en serai profondément reconnaissante.
Avez-vous un conseil à donner à celles et ceux qui aimeraient écrire un livre ?
Le conseil que je donnerais, c’est de commencer par écrire sans trop réfléchir à la forme parfaite. Ne pas attendre d’avoir le bon moment, le bon plan, les bons mots ou la bonne légitimité.
Parfois, l’écriture commence simplement par une émotion qu’on a besoin de déposer, une scène du quotidien qu’on ne veut pas oublier, une pensée qui revient trop souvent, ou une douleur qu’on ne sait plus porter seule.
Je crois qu’il faut d’abord oser écrire vrai. Écrire avec ce que l’on est, avec ses fragilités, ses silences, ses contradictions. Ensuite seulement vient le travail de tri, de relecture, de construction.
Pour moi, écrire un livre, ce n’est pas forcément avoir une grande histoire spectaculaire à raconter. C’est accepter de regarder son propre chemin avec sincérité, et se demander ce que cette histoire peut transmettre aux autres.
Je dirais aussi qu’il ne faut pas avoir peur de la pudeur. On peut livrer une part de soi sans tout dévoiler. On peut témoigner avec force tout en gardant certaines choses protégées.
L’essentiel, c’est que le texte reste fidèle à ce qui nous a poussés à écrire au départ. Parce que c’est souvent là, dans cette vérité première, que le lecteur ressent quelque chose.
Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour conclure ?
J’aimerais simplement dire que ce livre est né d’une période difficile, mais qu’il porte avant tout un message d’amour, de résilience et d’espoir.
Debout, toujours Debout, ce n’est pas l’histoire d’une mère qui ne tombe jamais. C’est l’histoire d’une mère qui apprend à se relever, encore et encore, pour ses enfants, mais aussi peu à peu pour elle-même.
C’est un témoignage sur la parentalité atypique, sur le handicap, sur l’épuisement parfois silencieux des aidants, mais aussi sur tout ce qui continue de nous tenir debout : les petits progrès, les regards, les gestes, les liens, les souvenirs, la foi, l’amour.
J’espère que ce livre pourra toucher les parents qui vivent des réalités proches, mais aussi les professionnels, les proches, et toutes les personnes qui souhaitent mieux comprendre ce qui se vit derrière les portes des familles.
Si une seule personne referme ce livre en se sentant moins seule, alors il aura déjà trouvé une part de son sens.
Anissa Amraoui auteure du livre Debout, toujours debout – Témoignage de résilience et de force disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.