Entretien avec Corinne Gabriele auteure de L’âne, les figues, il les mange !

Entretien avec Corinne Gabriele auteure de L’âne, les figues, il les mange !

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

A la parution de mon livre, j’ai ressenti une grande plénitude, comme si une boucle était bouclée. Ma vie a été haute en couleur, jamais en demi-teinte. J’avais de nombreuses informations à faire passer. Et puis je voulais représenter une majorité silencieuse instaurée par l’omerta ambiante de notre pays. Mon héroïne Célestine est volontiers irrévérencieuse. Elle peut citer les plus grands sages et conclure par une remarque à la fois mordante et piquante. Elle choisit de percuter le lecteur avec lequel elle joue, elle l’interroge et cela bouscule l’inconscient de chacun. Elle possède une énergie désordonnée, elle observe, doute, s’emporte, improvise mais le plus important : elle agit, elle ne reste pas tétanisée par la peur qui caractérise la période.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

Le parcours de Célestine résonne fortement avec leurs propres aspirations. Ils veulent fuir la superficialité moderne et cette société ultra déconnectée des gens. Pour eux, le livre se lit à deux niveaux : d’abord une fiction et puis un jeu de piste mystique où chaque symbolique répond au sacré. L’âne, les figues, il les mange ! a ouvert des pistes de réflexion. Il reste en tête après l’avoir terminé. Il encourage à le relire pour refaire le jeu de piste, identifier les boucles temporelles comme un  relais entre les générations et notre histoire collective.

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

En coulisses, les métiers de l’édition sont aussi passionnants qu’exigeants. Maïa m’a apportée cette rigueur à chaque étape de la construction du livre, la maquette, la couverture que j’adore, la diffusion, le suivi de promotion.  Les délais de livraison et le cahier des charges ont été scrupuleusement respectés. J’ai trouvé des équipes à l’écoute, patients et  respectueux et ce n’est pas le cas de toutes les maisons d’édition actuellement comme on le sait avec la censure des auteurs.

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ? 

Mon roman est un mélange hasardeux entre une satire sociétale et un manifeste d’une humanité qui est en péril. J’ai toujours été passionnée par la psychologie humaine jungienne. Le symbolisme synchronique des oracles et du  tarot de Marseille parle d’une seule voix. Contrairement aux voix dissonantes et stridentes de notre société en perte de sens. Le Tarot de Marseille est un héritage qui nous a été transmis et qu’il nous faut respecter profondément.  Il a inspiré de nombreux artistes dont la sculptrice Nikki De Saint Phalle qui a édifié  le Jardin des Tarots en Toscane pour lui rendre hommage. 

Le relief escarpé des Alpilles, la garrigue écrasée de chaleur, cette maison abandonnée plusieurs fois par ses habitants, comme Célestine a pu l’être, portent les vérités cachées qu’elle cherche à décoder. A la fois rude et lumineuse cette nature brute invite à une reconnexion à la terre.  L’impatience et la colère  face à ces situations qui se présentent sous d’autres visages vont  progressivement céder la  place à la résilience.  Elles vont  lui enseigner la sagesse de l’âne. Il faut savoir que le bonnet d’âne que l’on posait sur la tête des enfants avait pour but l infusion de la sagesse de l’animal. Cette sagesse, elle choisit de la partager avec des personnes en quête de sens comme elle.

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

Mon observation et l’effervescence de mes émotions me permettent de rentrer aisément dans le processus de l’écriture. Lorsqu’une idée me vient je la consigne dans un carnet et puis je l’étire, la tourne, la presse pour en faire refléter toutes les facettes sensorielles. Une concentration est nécessaire. On se met à l’écoute du tout, de tous et de l’inconscient collectif, c’est pour cela que mon écriture a quelque chose de visionnaire. 

Lorsque j’évoque ces jeunes qui veulent s’extraire des rouages de la machine infernale, je faisais allusion à Parcours Sup notamment, lorsque je dis qu’il faut emboiter le pas de nos enfants qui se dirigent tout droit vers cette mutation, bien évidemment que je décrivais l’insurrection actuelle à partir de laquelle un nouveau clivage se dessine entre nous. Les parents doivent soutenir cette jeunesse extrêmement lucide. Nous sommes de nombreux artistes inspirés à encourager ces prises de consciences. Combien de films sont sortis sur les grands écrans ces derniers temps ? Ils sont un devoir de mémoire, ils saluent le courage de nos ainés qui se sont battus pour nous. Ils rappellent la responsabilité en tant que parents et grands parents à se battre dignement pour nos enfants. Si nous ne le faisons pas nous pourrions revisiter les périodes les plus sombres de l’Histoire, le mal être ne sera pas seulement collectif, il deviendra très vite  individuel. C’est le moment du choix. 

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

La suite des aventures de Célestine est déjà écrite, en fait ce prochain roman s’est construit en filigrane de l’âne, les figues, il les mange ! Il en est la genèse. Tout comme mes lecteurs, je me suis attachée à ce personnage authentique qui sort des carcans du  prêt à penser mâché et recraché. Dans le prochain roman, on va la retrouver dans un vieux manoir pour une enquête paranormale avec des méthodes qui lui seront toutes personnelles. A la fois guignarde et maladroite, Célestine a le don pour se mettre dans des situations improbables.

Corinne Gabriele auteure du livre L’âne, les figues, il les mange ! disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.