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Entretien avec Rosie Fenchelle – De la bonne cuisson d’une grenouille… à l’envol du papillon

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

Quand mon livre est paru et que je l’ai eu entre les mains, mes émotions ont été contradictoires : comme il s’agit d’un témoignage sur des violences conjugales, cela oscillait entre la peur (des représailles et du jugement des lecteurs), le bonheur d’être sortie de ce piège, la fierté d’avoir réussi à écrire ce qui m’était arrivé et à le faire publier, et l’espérance qu’il puisse servir à d’autres victimes.

Maintenant, après quelques retours, je suis plutôt fière de mon « bébé », parce qu’il a commencé à aider des personnes victimes et à ouvrir des yeux d’autres personnes.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

Les premiers retours de lecture l’ont été bien sûr par des proches : « Très émue », « On n’imaginait pas que c’était à ce point », « Bravo ! », « Respect, admiration », « On est tellement fiers de toi, d’avoir réussi à retranscrire les faits, en y associant les émotions ».

Une association qui m’avait aidée : « Précieux, car il peut nous servir de support pédagogique pour des personnes qui accueillent des femmes victimes de violence conjugale ».

Et des inconnus : « Je l’ai dévoré », « Je suis tombé dedans et n’ai pas pu m’arrêter avant la fin », « Poignant », « Touchant », « Secouant », et surtout des « Merci »… Certains m’ont contactée pour me dire que ça leur avait permis de mettre un mot sur ce qu’ils avaient vécu, et je sais par expérience que dès lors la guérison peut s’amorcer, ou s’achever, ce qui est positif dans les deux cas.

Ces retours d’inconnus étaient importants pour moi, car ils légitimaient l’édition de ce récit. Il est temps de libérer la parole des victimes, même des années après les faits.

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

On se rend compte qu’il y a encore hélas des coquilles, même si 100 fois on a remis son ouvrage sur le métier et fait relire à des extérieurs.

J’ai beaucoup aimé les contacts avec les maquettistes (couverture et intérieur), même si j’aurais aimé être plus guidée, qu’on me demande de modifier ou de réécrire certains passages, pour la forme parfois maladroite. Mais au moins, j’ai été totalement libre ! S’il y a des défauts, ils sont de mon fait.

J’ai appris que rien n’est parfait, et qu’on peut tenter de s’approcher de la perfection, sans jamais l’atteindre. Et qu’à un moment donné, il faut lâcher prise, et laisser le papillon s’envoler…

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?

Ce témoignage est écrit un peu comme un journal intime, les lecteurs m’ont dit avoir eu l’impression d’être à mes côtés au moment des événements, que j’ai été d’une sincérité et d’une transparence absolues, dans mes bons et mes moins bons côtés.

La multitude de petits détails anodins du quotidien fait que chacun peut se reconnaitre et s’interroger sur son comportement en couple, passé ou présent.

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

Pour mon témoignage, je suis partie bien sûr de mes souvenirs, auxquels j’ai ajouté ceux de mes amis, j’ai repris les calendriers, j’ai retrouvé les mails que je leur avais envoyés au fur et à mesure que l’histoire se déroulait. Cela m’a permis de rétablir l’ordre chronologique des événements et de mieux comprendre ce qui s’était passé.

J’ai beaucoup relu, réécrit, tenté de trouver le mot adéquat, analysé à ce que signifiaient les faits, ce qu’il pouvait y avoir derrière. J’ai beaucoup lu d’ouvrages spécialisés également (voir la bibliographie), et ainsi pu comprendre que ce qui me paraissait futile n’était en fait que le démarrage de la prise de contrôle et donc de la violence.

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui, sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

Pour l’instant, je me remets de mes émotions passées, c’est encore parfois difficile. Il faut du temps. Et à cela s’ajoutent les émotions positives de l’édition et des retours de lecture sur mon compte Facebook.

Mais pourquoi pas écrire à nouveau ? Sur un sujet plus léger… Notre langue française est si riche et si belle…

Rosie Fenchelle, auteure de De la bonne cuisson d’une grenouille… à l’envol du papillon, disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.