Entretien avec Samia Youssouf auteure de Le poids invisible de la blouse blanche
Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?
Quand mon livre est paru, j’ai ressenti énormément de fierté et beaucoup d’émotion. À la base, je l’avais écrit simplement parce que j’en avais envie. Je ne pensais pas forcément qu’un jour il allait devenir un vrai livre. Au départ, c’était juste une histoire que j’avais envie d’écrire
Puis mes amis m’ont poussée à l’envoyer à des maisons d’édition, en me disant que je devais tenter ma chance. Au début, je ne savais pas du tout ce que ça allait donner mais je me suis dit pourquoi pas. Et finalement, voir que mon travail avait vraiment abouti à quelque chose, c’était plus que de la joie.
Je pense que c’est surtout ça qui m’a rendue fière : me dire que quelque chose que j’avais fait au départ juste pour moi était finalement devenu un livre que d’autres personnes pouvaient lire. Quand je l’ai eu entre les mains pour la première fois, j’ai eu du mal à réaliser que c’était vraiment mon livre même en voyant mon nom et ma photo dessus. C’était une sensation assez particulière mais surtout un très beau moment pour moi
Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?
Les premiers retours m’ont vraiment fait plaisir parce que je ne m’attendais pas forcément à ce que les lecteurs se reconnaissent autant dans ce que j’avais écrit. Plusieurs m’ont dit qu’ils avaient eu l’impression de se lire, de retrouver leurs propres pensées, leurs propres doutes et des situations qu’ils traversent eux-mêmes au quotidien.
On m’a notamment dit que certaines scènes leur avaient vraiment parlé, surtout celles où le personnage doute de lui, se demande s’il est à la hauteur ou garde certaines choses pour lui. C’est assez particulier de savoir que quelqu’un lit quelque chose que j’ai écrit et se dit : “C’est exactement ce que je ressens“.
On m’a aussi beaucoup dit que la lecture était fluide et agréable, qu’on rentrait facilement dans l’histoire et qu’on avait envie de continuer. Ça m’a fait particulièrement plaisir parce que je voulais justement que mon livre reste accessible et qu’on puisse le lire facilement, tout en ressentant les émotions derrière.
Mais je pense que le retour qui m’a le plus touchée, c’est simplement de voir que les lecteurs ne lisaient pas mon histoire comme quelque chose qui ne concernait que les étudiants infirmiers. Ils arrivaient à y retrouver leurs propres expériences, leurs propres peurs ou leurs propres moments de doute. Et pour moi, c’est là que je me suis dit que mon livre avait vraiment réussi à toucher quelque chose chez les autres.
Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?
Cette expérience m’a surtout appris à croire un peu plus en ce que je fais. Quand j’ai commencé à écrire mon livre, je ne pensais pas forcément qu’il irait aussi loin. Le fait qu’il ait ensuite été envoyé à des maisons d’édition puis qu’elle devienne réellement un livre m’a fait prendre conscience que parfois, on peut être beaucoup plus capable qu’on ne le pense au départ.
J’ai aussi compris que l’écriture ne s’arrête pas au moment où on termine son histoire. Il y a tout ce qui vient après : relire, modifier, accepter certaines remarques, parfois revenir sur des passages qu’on aimait pourtant beaucoup. Ce n’est pas toujours facile de prendre du recul sur quelque chose dans lequel on a mis autant de temps et d’émotions.
Cette expérience m’a également appris à ne pas chercher à tout contrôler. Quand on écrit quelque chose de personnel, on sait ce qu’on a voulu transmettre mais une fois que le livre est entre les mains des lecteurs, chacun va le ressentir à sa manière. Et finalement, je trouve ça assez beau.
Mais surtout, je retiens qu’il faut oser. Si mes amis ne m’avaient pas poussée à envoyer mon manuscrit, je ne sais pas si je l’aurais fait de moi-même. J’aurais peut-être gardé mon histoire pour moi. Aujourd’hui, je me dis que j’ai bien fait d’essayer, même sans savoir où cela allait
me mener. C’est probablement le plus gros enseignement que je tire de cette expérience : parfois, il faut simplement se lancer et voir jusqu’où ça peut aller.
Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?
Pour moi, l’originalité de mon livre est surtout de montrer ce qu’il peut y avoir derrière la blouse blanche. On voit souvent les infirmiers comme des professionnels qui savent quoi faire, qui sont sûrs d’eux et qui maîtrisent les situations. Mais derrière cette blouse, il peut
aussi y avoir beaucoup de doutes, de peur, de fatigue et de remise en question, surtout lorsqu’on est étudiant.
Je voulais montrer cette partie-là, mais aussi montrer qu’il n’y a pas que les difficultés. Il y a aussi les patients, les petites victoires, les encouragements et toutes ces choses qui peuvent redonner confiance.
C’est justement cette partie humaine que mes premiers lecteurs ont surtout retenue.
Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?
J’écris depuis plusieurs années maintenant. J’ai commencé pendant le confinement, un peu par hasard. À cette période, j’ai commencé à écrire des histoires que je partageais avec mes copines. Au départ, je ne pensais pas du tout que ça allait devenir quelque chose d’important pour moi. J’écrivais surtout pour le plaisir, pour m’occuper et parce que j’aimais inventer des histoires et créer des personnages.
Puis j’ai continué, même après le confinement. J’ai écrit d’autres histoires, mais aussi beaucoup de poèmes et parfois simplement des petits textes ou des phrases quand j’avais quelque chose en tête. C’est devenu une façon pour moi de mettre des choses en mots, de laisser sortir ce que j’ai dans la tête et aussi de transmettre des émotions.
Je n’ai pas vraiment de méthode particulière. Je peux très bien avoir une idée qui me vient à un moment complètement au hasard et avoir envie de l’écrire tout de suite. Parfois, je commence avec une simple phrase et finalement, ça devient quelque chose de beaucoup plus
grand. Je peux aussi rester plusieurs jours sans écrire, parfois bloquée par le syndrome de la page blanche, puis avoir soudainement envie de reprendre.
Pour ce livre, j’ai surtout écrit en fonction de ce que je voulais faire ressentir. Je ne cherchais pas forcément à avoir quelque chose de parfait dès le départ. J’écrivais ce qui me venait, puis je revenais dessus pour modifier, développer certains passages ou simplement trouver les bons mots.
Je pense que mon seul vrai rituel, finalement, c’est d’écrire quand j’en ressens le besoin ou quand j’ai quelque chose à raconter. Je ne me force pas forcément à écrire tous les jours. Pour moi, l’écriture reste avant tout un plaisir. C’est d’ailleurs comme ça que tout a commencé, et j’ai envie de garder cette liberté-là.
Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?
Oui, j’ai déjà pensé à écrire une suite de mon premier livre. J’aimerais cette fois suivre le personnage une fois qu’il est devenu infirmier diplômé. J’ai envie de revenir avec lui sur tout ce qu’il a vécu pendant ses études, les stages, les moments où il a douté de lui, les remarques qu’il a pu recevoir, les erreurs, les moments difficiles mais aussi tout ce qui l’a fait grandir.
Ce qui m’intéresse surtout, c’est de montrer que finalement, obtenir son diplôme ne veut pas dire que tout devient plus facile. On peut avoir son diplôme en poche et continuer à se poser énormément de questions. On continue d’apprendre, de faire des erreurs, de se remettre en question et parfois de subir le regard ou les jugements des autres.
J’aimerais vraiment montrer cette continuité-là : on passe d’étudiant à infirmier mais on ne devient pas automatiquement sûr de soi du jour au lendemain. Il y a encore beaucoup de choses à apprendre, autant professionnellement qu’humainement.
Je pense que cette suite me permettrait aussi de faire évoluer le personnage. Dans le premier livre, il découvre le métier et essaie surtout de trouver sa place. Dans le deuxième, j’aimerais qu’il soit devenu infirmier mais qu’il se rende compte que trouver sa place ne s’arrête pas avec le diplôme.
Et puis, j’aime l’idée de montrer que derrière le professionnel qu’on voit en blouse, il y a toujours une personne qui apprend, qui doute parfois, qui fait de son mieux et qui continue d’évoluer. C’est quelque chose que j’ai envie de raconter parce que pour moi, l’apprentissage ne se termine jamais vraiment.
Si un jour je venais à l’écrire, j’aimerais probablement l’appeler Le poids invisible du diplôme. Ce titre ferait écho au premier livre, mais avec une nouvelle étape : après le poids de la blouse, celui du diplôme et de tout ce qu’il représente.
Samia Youssouf auteure du livre Le poids invisible de la blouse blanche disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.