Texte inédit de Julia R.- Spin Off de À l’ombre des rêves

À L’Ombre des Rêves  

Là où renaissent les rêves  

Un texte annexe -l’histoire continue.

Chapitre 1 -La première page

13 octobre 

Je ne sais pas vraiment par où commencer. 

C’est probablement la phrase la plus honnête que je puisse écrire ce soir. 

J’ai ouvert ce cahier il y a presque vingt minutes. J’ai pris un stylo, je l’ai reposé, puis repris. J’ai  regardé la page blanche comme si elle allait finir par me souffler les premiers mots. Mais rien n’est  venu. 

C’est étrange, quand on y pense. J’ai tellement de choses dans la tête que j’ai parfois l’impression  qu’elles vont toutes finir par déborder, et pourtant, lorsqu’il s’agit de les écrire, je ne sais plus rien  dire. 

Peut-être que j’ai peur de ce qui arrivera si je commence vraiment. 

Parce qu’écrire, ce n’est pas seulement aligner des phrases. C’est accepter de regarder certaines choses  en face. C’est donner une forme à ce qu’on aurait préféré laisser dans un coin de sa tête, là où  personne ne peut le voir. 

Ces derniers temps, j’ai souvent eu l’impression de devoir aller mieux. Les journées se succédaient, les  heures passaient, les gens parlaient de leurs projets et de ce qu’ils feraient demain. 

Et moi, j’essayais de suivre. 

Je me levais, je faisais ce que j’avais à faire, je répondais quand on me parlait. Parfois, je riais même  sans avoir besoin de me forcer. Il m’arrivait de passer une journée entière sans penser à certaines  choses, et je me surprenais alors à croire que tout était peut-être en train de rentrer dans l’ordre. 

Puis un détail suffisait. 

Une phrase entendue au hasard. Un souvenir qui revenait sans prévenir. Un silence un peu trop long. Et je me retrouvais de nouveau face à tout ce que je croyais avoir laissé derrière moi. 

Avant, je pensais que le temps avait une sorte de pouvoir magique. Qu’il suffisait d’attendre assez  longtemps pour que les souvenirs deviennent moins lourds et que les questions cessent de tourner dans  la tête. 

Aujourd’hui, je crois que je me trompais un peu. 

Le temps passe, oui. Mais il ne nous explique pas toujours ce qui nous arrive. Il ne répond pas à toutes  les questions et ne transforme pas automatiquement les mauvais souvenirs en bons souvenirs. 

Parfois, il nous apprend seulement à vivre avec ce que nous ne comprenons pas encore. Et peut-être que c’est déjà beaucoup. 

Je ne veux pas faire semblant d’avoir tout compris. Je ne veux pas écrire ici une histoire dans laquelle  je serais devenue soudainement plus forte, plus sage, plus courageuse. 

Je suis toujours moi. 

Je doute encore, je réfléchis trop, je garde parfois des choses pour moi alors que je sais qu’elles me  feraient du bien si je les partageais. 

Mais j’aimerais essayer quelque chose. 

J’aimerais arrêter de me demander sans cesse si j’ai le droit de ressentir ce que je ressens.

Ce cahier ne sera pas une preuve que je vais mieux. Il ne sera pas non plus une liste de choses que je  dois absolument réussir à dépasser. 

Je voudrais simplement qu’il soit un endroit où je puisse être honnête. 

Un endroit où je n’aurai pas besoin de trouver la bonne réponse avant d’avoir posé la question. Où je  pourrai écrire une phrase maladroite, changer d’avis au milieu d’un paragraphe ou m’arrêter parce que  certains mots sont encore trop difficiles à écrire. 

Je ne sais pas ce que je trouverai dans ces pages. 

Peut-être des souvenirs. Peut-être des questions auxquelles je ne répondrai jamais. Peut-être des  phrases que je n’aurais jamais osé prononcer à voix haute. 

Ou peut-être simplement des morceaux de moi que j’ai oubliés en essayant de comprendre tout le  reste. 

Ce soir, je n’ai pas de grande décision à annoncer. 

Mais j’ai écrit cette première page. 

Et, pour le moment, je crois que cela suffit. 

Demain, je pourrai revenir ici. 

Je pourrai recommencer. 

Et peut-être qu’un jour, en relisant ces lignes, je comprendrai que le commencement n’était pas le  moment où j’ai cessé d’avoir mal, ni celui où j’ai enfin trouvé toutes les réponses. 

C’était simplement le moment où j’ai accepté de m’écouter. 

Clara.

Chapitre 2 -Les souvenirs ne demandent pas la  permission

16 octobre 

Aujourd’hui, j’ai retrouvé une vieille photographie. 

Je ne la cherchais même pas. Je voulais simplement ranger quelques affaires, remettre un peu d’ordre  autour de moi, comme si ranger ma chambre pouvait m’aider à ranger ce qui se passe dans ma tête. 

Et puis elle était là. 

Une image, quelques secondes figées, des visages qui ne savaient pas encore ce que les années leur  réservaient. 

Je l’ai regardée longtemps. 

C’est fou comme une photographie peut nous faire croire que nous pouvons retourner quelque part. On  reconnaît les endroits, les expressions, les détails auxquels on ne faisait même pas attention à l’époque.  On se souvient de ce qui s’est passé juste avant, parfois de ce qui est arrivé juste après. 

Et pendant un instant, tout semble encore exister. 

Puis on repose la photographie. 

Et le présent revient. 

Je crois que c’est ce qui me dérange le plus avec les souvenirs : ils ne préviennent jamais avant de  revenir. Ils ne frappent pas à la porte pour demander si nous avons le temps de les recevoir. 

Ils entrent. 

Ils s’installent. 

Et nous voilà à sourire devant quelque chose qui nous rend aussi un peu tristes. 

Je me suis demandé si j’étais la seule à ressentir cela. Si les autres regardaient eux aussi leur passé  avec cette impression étrange d’avoir été plusieurs personnes au cours d’une même vie. 

La Clara d’avant. Celle d’aujourd’hui. Celle que je serai dans quelques années. Est-ce que nous sommes toujours la même personne, même lorsque tout a changé autour de nous ? Je ne sais pas. 

Mais je sais que je ne voudrais pas effacer tout ce qui m’a construite. 

Même les moments difficiles. 

Je ne dis pas que je les remercie. Je n’ai pas envie de transformer chaque épreuve en une belle leçon  simplement pour donner un sens à ce qui m’a fait souffrir. Certaines choses sont difficiles, et elles le  restent, même lorsqu’on finit par avancer. 

Mais je ne veux pas non plus laisser ces moments décider de tout ce qui viendra après. 

Je ne veux pas que mes peurs choisissent à ma place. Je ne veux pas qu’un souvenir triste m’empêche  de vivre un instant heureux. Je ne veux pas regarder chaque nouvelle journée en me demandant ce  qu’elle pourrait m’enlever. 

J’aimerais apprendre à accueillir les bons moments sans avoir peur de leur fin. C’est peut-être cela, grandir. 

Comprendre que tout ne dure pas éternellement, sans pour autant considérer que rien ne vaut la peine  d’être vécu.

Ce soir, j’ai remis la photographie à sa place. 

Je ne l’ai pas rangée au fond d’un tiroir pour ne plus jamais la voir. Je ne l’ai pas non plus gardée dans  mes mains jusqu’à ce que la nostalgie prenne toute la place. 

Je l’ai simplement reposée. 

Et j’ai continué à ranger. 

C’était un geste minuscule. Personne ne l’aurait remarqué. 

Mais moi, je l’ai remarqué. 

Pour une fois, j’ai réussi à regarder un souvenir sans essayer de retourner dedans. 

Je crois que je commence à comprendre quelque chose : le passé peut rester une partie de notre  histoire sans devenir l’endroit où nous passons tout notre temps. 

Je n’ai pas besoin de l’oublier pour avancer. 

J’ai seulement besoin de me rappeler que ma vie ne s’est pas arrêtée à la dernière page de ce que j’ai  déjà vécu. 

Il reste des pages blanches. 

Et, pour la première fois depuis longtemps, cette idée ne me fait pas peur.

Chapitre 3 -Ce que je n’arrive pas à dire

20 octobre 

Il y a des choses que je sais écrire, mais que je n’arrive pas à dire. 

C’est étrange de constater qu’une phrase peut sembler simple lorsqu’elle est posée sur du papier et  devenir presque impossible dès qu’il faut la prononcer devant quelqu’un. 

Je pourrais écrire des pages entières sur ce que je ressens. Je pourrais recommencer dix fois, changer  les mots, déplacer les phrases jusqu’à ce qu’elles ressemblent un peu plus à ce que j’ai dans la tête. 

Mais face à quelqu’un, je perds parfois tout. 

Je cherche les bons mots. Je me demande comment ils seront reçus. Je réfléchis à la réponse que l’autre  pourrait me donner avant même d’avoir terminé ma propre phrase. 

Alors je me tais. 

Et, une fois seule, je repense à tout ce que j’aurais voulu dire. 

J’imagine les conversations autrement. Je trouve enfin les mots qui m’avaient manqué. Je me promets  que, la prochaine fois, je parlerai. 

Puis la prochaine fois arrive. 

Et je recommence. 

J’aimerais pouvoir dire que c’est parce que je suis forte, que je préfère garder mes émotions pour moi,  que je n’ai besoin de personne pour comprendre ce que je traverse. 

Mais ce serait mentir. 

Parfois, je me tais simplement parce que j’ai peur. 

Peur de ne pas être comprise. Peur de déranger. Peur de donner trop d’importance à quelque chose qui,  pour quelqu’un d’autre, n’en a peut-être pas autant. 

Il m’arrive même de minimiser ce que je ressens avant que quelqu’un ait eu le temps de le faire à ma  place. 

« Ce n’est rien. » 

Je crois que cette phrase est devenue beaucoup trop facile à prononcer. 

Ce n’est rien, alors que j’y pense encore. 

Ce n’est rien, alors que cela m’a touchée. 

Ce n’est rien, parce que je ne sais pas comment expliquer que certaines choses prennent de la place  sans que je puisse vraiment le justifier. 

Mais pourquoi faudrait-il toujours justifier ses émotions ? 

Je ne demande pas aux autres d’être d’accord avec tout ce que je ressens. Je ne leur demande pas de  comprendre immédiatement. J’aimerais simplement pouvoir parler sans avoir l’impression de devoir  défendre chaque mot. 

Peut-être que j’attends parfois des autres qu’ils devinent ce que je n’ose pas dire. C’est injuste, finalement. 

Je voudrais qu’ils comprennent mes silences, qu’ils remarquent les changements dans ma voix, qu’ils  sachent quand je ne vais pas aussi bien que je le prétends.

Mais comment leur en vouloir de ne pas comprendre une histoire dont je ne leur raconte que quelques  lignes ? 

Je ne peux pas attendre de quelqu’un qu’il lise les pages que je garde fermées. Alors, ce soir, je vais essayer une chose. 

Je vais écrire une phrase que je n’aurais probablement pas réussi à dire à voix haute. J’ai parfois besoin qu’on m’écoute sans essayer de résoudre immédiatement ce que je ressens. Voilà. 

Ce n’était pas si compliqué, finalement. 

Je relis la phrase et je me rends compte qu’elle ne fait de mal à personne. Elle n’accuse personne. Elle  ne réclame pas l’impossible. 

Elle exprime simplement un besoin. 

Et peut-être que je peux commencer par là. 

Je ne deviendrai pas quelqu’un qui dit tout, tout le temps. Je n’en ai pas envie. Certaines choses  resteront personnelles, et j’ai le droit de garder un jardin secret. 

Mais je voudrais apprendre à faire la différence entre ce que je choisis de garder pour moi et ce que je  tais uniquement parce que j’ai peur de déranger. 

Ce n’est pas la même chose. 

Je crois que je l’avais oublié.

Chapitre 4 -Les jours ordinaires

24 octobre 

Aujourd’hui, il ne s’est rien passé d’extraordinaire. 

Et j’ai envie de m’en souvenir. 

J’ai eu une journée ordinaire. Une de ces journées qui ne mériteraient probablement pas une place dans  un album de souvenirs, parce qu’il n’y a eu ni événement particulier, ni grande nouvelle, ni moment  que je pourrais raconter pendant des heures. 

Pourtant, quelque chose m’a fait du bien. 

Je ne sais pas exactement quoi. 

Peut-être le fait d’avoir ri sans réfléchir. Peut-être une conversation qui s’est prolongée un peu plus  longtemps que prévu. Peut-être la lumière de fin d’après-midi qui traversait la fenêtre lorsque je suis  rentrée. 

Ou peut-être que c’était simplement une journée pendant laquelle je n’ai pas eu besoin de chercher un  sens à tout. 

J’ai vécu. 

C’est tout. 

Et je crois que j’avais besoin de me rappeler que cela aussi comptait. 

Pendant longtemps, j’ai cru que les grands changements devaient se voir. Qu’il fallait un moment  précis, une décision importante, une conversation qui bouleverse tout. 

Je m’attendais presque à reconnaître le jour où j’irais mieux. 

Comme si le bonheur allait arriver en faisant suffisamment de bruit pour que je ne puisse pas le  manquer. 

Mais aujourd’hui, je me demande si les changements ne ressemblent pas plutôt à cela : une succession  de petits instants que l’on ne remarque pas immédiatement. 

Le jour où l’on rit sans culpabiliser. 

Celui où l’on se surprend à faire des projets. 

Celui où l’on pense à quelque chose de difficile sans laisser cette pensée gâcher toute la journée. 

Celui où l’on se rend compte, le soir, que l’on a été occupée à vivre plutôt qu’à essayer de comprendre  pourquoi la vie est parfois si compliquée. 

Je ne prétends pas que tout est devenu facile. 

Il y a encore des jours où je réfléchis trop. Des jours où les questions reviennent et où j’ai l’impression  de faire deux pas en arrière après en avoir fait un en avant. 

Mais peut-être que je me trompais en imaginant que le chemin devait toujours être droit. Peut-être que l’on peut avancer tout en hésitant. 

Peut-être que l’on peut aller mieux et avoir encore des moments de doute. 

Peut-être que l’on peut être reconnaissante pour ce que l’on possède tout en regrettant ce que l’on a  perdu. 

Les sentiments ne sont pas toujours aussi bien rangés que nous le voudrions.

On peut être heureuse et nostalgique le même jour. On peut aimer sa vie tout en souhaitant que  certaines choses aient été différentes. On peut être fière du chemin parcouru sans oublier les moments  où l’on a eu du mal à avancer. 

Tout cela peut exister en même temps. 

Je crois que j’ai passé beaucoup trop de temps à attendre de moi une version parfaitement apaisée, une  Clara qui ne douterait plus, qui ne se poserait plus de questions et qui aurait appris toutes les leçons  qu’il fallait apprendre. 

Mais cette Clara n’existe peut-être pas. 

Et si elle existait, je ne suis même pas certaine d’avoir envie de lui ressembler. 

Je préfère être celle qui apprend encore. Celle qui peut se tromper, recommencer, changer d’avis. Celle  qui n’a pas toutes les réponses, mais qui continue à poser des questions. 

Ce soir, je vais garder une trace de cette journée. 

Pas parce qu’elle était exceptionnelle. 

Justement parce qu’elle ne l’était pas. 

Je veux me souvenir que ma vie ne se résume pas aux moments qui me bouleversent. Elle est aussi  faite de petites choses qui ne demandent pas à être expliquées. 

Un rire. 

Une fenêtre ouverte. 

Une conversation. 

Un rayon de soleil. 

Et cette impression, encore fragile, de pouvoir être là où je suis sans avoir constamment envie d’être  ailleurs. 

Je ne sais pas si demain sera pareil. 

Ce n’est pas grave. 

Pour aujourd’hui, j’étais là. 

Et cela suffit.

Chapitre 5 -Je n’ai pas fini d’écrire

31 octobre 

Je viens de relire les premières pages de ce cahier. 

C’est drôle, parce que j’ai presque l’impression de lire les mots de quelqu’un d’autre. 

Je reconnais mon écriture. Je reconnais mes pensées, ou du moins une partie d’entre elles. Mais  quelque chose me semble différent. 

Peut-être que ce sont les questions qui ont changé. 

Au début, je cherchais surtout à comprendre ce qui m’arrivait. Je voulais trouver des explications,  donner un nom à chaque émotion, remettre les choses dans le bon ordre. 

Je croyais qu’une fois que j’aurais compris, je pourrais enfin avancer. 

Aujourd’hui, je ne suis plus aussi certaine que les choses fonctionnent de cette manière. Il y a des questions auxquelles je n’ai toujours pas de réponse. 

Certaines resteront peut-être sans réponse pendant longtemps. D’autres ne trouveront jamais celle que  j’espérais. 

Et, même si cela me dérange encore un peu, je crois que je commence à l’accepter. Je n’ai pas besoin de comprendre chaque événement pour décider de ce que je veux faire de la suite. 

Je n’ai pas besoin de trouver une explication à chaque souvenir pour avoir le droit de créer de  nouveaux souvenirs. 

Je n’ai pas besoin d’attendre de ne plus jamais douter pour faire confiance à mes choix. Je peux avancer sans avoir tout résolu. 

Cette idée me paraît encore étrange. J’ai longtemps pensé que l’on devait terminer une histoire avant  d’en commencer une autre, comme si les émotions étaient des chapitres qu’il fallait absolument  refermer dans le bon ordre. 

Mais la vie ne fonctionne pas comme un livre dont on connaît déjà la fin. 

Certaines histoires continuent de nous accompagner longtemps après leur dernière phrase. Certains  souvenirs restent avec nous sans nous empêcher de découvrir autre chose. Et parfois, on comprend  seulement bien plus tard pourquoi un événement nous a autant marqués. 

Je ne veux plus attendre d’être devenue quelqu’un d’autre pour m’autoriser à vivre. Je suis Clara. 

Je suis celle qui se pose trop de questions, celle qui voudrait parfois trouver les mots parfaits, celle qui  apprend à accepter que ses émotions ne soient pas toujours faciles à expliquer. 

Je suis aussi celle qui rit, qui rêve, qui s’attache, qui imagine des lendemains qu’elle ne connaît pas  encore. 

Je suis tout cela. 

Pas uniquement mes doutes. Pas uniquement mes souvenirs. Pas uniquement les choses qui m’ont  manqué ou celles que je n’ai pas su dire. 

Je suis aussi ce que je choisis de devenir. 

Et cette idée me plaît.

Je ne sais pas où je serai dans un an. Je ne sais pas quelles personnes seront encore à mes côtés, quels  projets auront changé, quels rêves auront grandi ou lesquels auront laissé la place à d’autres. 

J’aimerais pouvoir regarder l’avenir sans chercher à en contrôler chaque détail. 

J’aimerais apprendre à accueillir ce qui vient, sans oublier que j’ai le droit de choisir ce que je veux  garder et ce que je veux laisser derrière moi. 

J’aimerais surtout me souvenir que je ne dois pas attendre qu’une journée soit parfaite pour en profiter. Alors, qu’est-ce que je vais faire maintenant ? 

Je vais continuer à écrire, probablement. 

Pas tous les jours. Pas forcément longtemps. Peut-être seulement quelques lignes lorsque j’en aurai  besoin. 

Je vais aussi essayer de parler davantage. Pas de tout raconter à tout le monde, mais de ne plus me  cacher systématiquement derrière un sourire lorsque j’aurais simplement besoin de dire que quelque  chose me touche. 

Je vais faire des projets, même si je ne sais pas encore comment ils se réaliseront. Je vais essayer de moins me reprocher mes hésitations. 

Et je vais me laisser le droit de changer. 

Parce qu’au fond, je crois que c’est ce que j’ai compris en écrivant ces pages : je n’ai pas besoin de  devenir une personne qui n’a plus peur, plus de doutes ou plus de regrets. 

J’ai simplement besoin de ne pas laisser ces choses décider de toute ma vie. 

Je regarde la dernière page de mon cahier. 

Pendant quelques secondes, je me demande si je dois écrire un mot de conclusion. Une phrase assez  belle pour résumer tout ce que j’ai essayé de comprendre, quelque chose qui donnerait l’impression que  cette histoire a trouvé sa fin. 

Mais je n’en ai pas envie. 

Pas ce soir. 

Je ne veux pas faire semblant de savoir exactement où je vais. Je ne veux pas transformer ce que j’ai  appris en une vérité définitive, comme si je ne pouvais plus jamais changer d’avis. 

Alors, je vais écrire une dernière phrase. 

Pas pour terminer mon histoire. 

Pour me rappeler qu’elle continue. 

Je ne sais pas encore ce que demain fera de moi, mais je sais que j’ai le droit d’y être. Je relis les mots. 

Puis je referme le cahier. 

Dehors, la nuit est tombée. Ma chambre est silencieuse. Rien n’a changé autour de moi, et pourtant, j’ai  l’impression d’avoir un peu plus de place pour respirer. 

Je ne suis pas devenue quelqu’un d’autre.

Je n’ai pas trouvé toutes les réponses. 

Je n’ai pas effacé le passé. 

Mais je crois que je peux enfin regarder devant moi sans avoir besoin de me retourner à chaque instant  pour vérifier que tout est encore à sa place. 

Certaines choses resteront avec moi. D’autres changeront. Je rencontrerai de nouvelles personnes, je  découvrirai de nouveaux endroits, je rirai pour des raisons que je ne connais pas encore. 

Il y aura probablement d’autres pages difficiles. 

Je ne vais pas prétendre le contraire. 

Mais il y aura aussi des pages que je remplirai de projets, de découvertes, de petits bonheurs et de  choses que je n’aurais même pas imaginé vivre aujourd’hui. 

Et je veux leur laisser de la place. 

Demain, je me lèverai. 

Je ferai ce que j’ai à faire. Je parlerai, je rirai peut-être, je réfléchirai sûrement trop à certaines choses. Je serai Clara. 

Et cela me semble être un bon début. 

Fin.

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