Entretien avec Capitaine (e.r.) Jean-Marie Dieuze auteur de Connaissez-vous ces hommes qui marchent là-bas…
Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?
Lorsque mon livre est enfin paru, un mélange d’excitation et d’appréhension s’est imposé à moi.
Excitation, parce qu’avoir écrit un livre et l’avoir publié est une immense étape. Pour un ancien mineur de fond, sans diplôme, c’est quelque chose de particulièrement fort sur le plan émotionnel.
Appréhension, parce que, légionnaire ayant porté le képi blanc, puis officier à titre étranger totalisant plus de vingt-quatre ans de service au sein de la Légion, je me suis demandé si j’avais su décrire avec justesse « ces hommes qui marchent là-bas… », mes compagnons d’armes, mes camarades. Ne vais-je pas les décevoir ?
Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?
Les premiers retours ont été extrêmement chaleureux. Beaucoup d’Anciens se sont reconnus dans le livre. Leurs parcours, leurs chemins et leurs ressentis faisaient écho aux miens.
Fait intéressant : de nombreuses épouses, compagnes et veuves de légionnaires m’ont remercié d’avoir parlé d’elles, de leur vie, de leurs difficultés et de leurs émotions auprès d’une « moitié » parfois plus légionnaire qu’époux. Elles m’ont dit se retrouver dans cette formule : « toujours un peu plus légionnaire qu’époux, toujours un peu moins compagnon que légionnaire ».
Parmi les témoignages reçus, l’un m’a particulièrement touché, car il résume ce que j’ai essayé de faire. Je le cite :
« Qui mieux qu’un légionnaire peut raconter la Légion ? Pas la Légion du cinéma, fantasmée ou maquillée. La vraie, celle qui a une odeur, une saveur, et qui se vit. Fidèle et juste dans ses descriptions, l’auteur montre ce que seuls les initiés savent : qu’il n’y a pas de petites missions ni de petits combats, seulement des hommes et des valeurs. »
Je ne pouvais pas espérer plus belle lecture.
Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?
Éditer un livre, c’est aussi une aventure. Une aventure faite d’attente, d’espérance, de fausses joies et de doutes. Puis vient le jour où la maquette est validée : le projet devient réel. Tenir le livre entre ses mains est un moment très particulier.
On découvre alors un autre métier : faire vivre son texte, l’accompagner, le présenter, aller chercher ses lecteurs. C’est une expérience exigeante, mais incroyablement stimulante.
Rien n’est facile, mais tout est passionnant. C’est probablement le premier enseignement que je retiens : écrire un livre est une chose, l’accompagner dans la vie en est une autre.
Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?
L’originalité de mon livre tient au fait que, pour la première fois dans la littérature pourtant abondante consacrée à la Légion étrangère, on parle de l’intime. De l’humain.
On ne parle ni d’héroïsme, ni de combats, ni d’exploits guerriers. Je parle de l’homme sous le képi blanc.
De ses doutes, de ses peurs, de ses combats intérieurs. De tout ce qui fait son quotidien : ses chefs, ses camarades, la place des femmes, la religion, etc.
Tous les sujets sont abordés, car le légionnaire est un homme de son temps. Il peut être étranger à la France, mais il n’est pas étranger au monde dans lequel nous vivons.
C’est d’ailleurs ce que me disent celles et ceux qui ont lu le livre : ils ont découvert l’homme, et ont presque oublié le képi blanc.
Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?
C’était très agréable jusqu’au moment où m’est venue l’envie folle de vouloir publier mes écrits. Corriger, recorriger, passer des heures sur les tournures de phrase et sur le sens des mots a soudain rendu mon projet plus difficile, plus compliqué, moins enthousiasmant.
Puis j’ai pris du recul. Je ne suis qu’un ancien mineur de fond devenu légionnaire qui a écrit un livre. Ce que j’écris, et la manière dont je l’écris, n’ont d’importance que si je reste fidèle à ce que je suis. À partir de là, j’ai retrouvé le goût d’écrire et de mener le projet jusqu’au bout.
J’écris très tôt le matin, et très vite. Je laisse mes souvenirs et mes émotions refaire surface et je les pose sur le papier. Ensuite, lorsque le chapitre est terminé, je me relis : j’améliore, je corrige, je précise. Et lorsque je suis à peu près satisfait, je passe au chapitre suivant.
J’écoute de la musique avant d’écrire, toujours des choses qui me touchent. Jusqu’au moment où les mots viennent. Alors, j’écris.
Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?
Oui.
Mais je ne sais pas encore si ce texte sera destiné au public. Il avance bien, mais pour l’instant je le garde dans un espace très intime.
Peut-être qu’un jour je serai prêt à en dire plus. Pas encore.
Je souhaite rappeler qu’il ne s’agit pas seulement d’un projet littéraire, mais aussi — et avant tout — d’un projet solidaire.
Tous les droits d’auteur sont reversés au Foyer d’Entraide de la Légion étrangère, au profit des anciens légionnaires, des blessés et des familles de légionnaires en difficulté.
Capitaine (e.r.) Jean-Marie Dieuze auteur du livre Connaissez-vous ces hommes qui marchent là-bas… disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.