Texte inédit de Anissa Amraoui auteure de Debout, toujours debout – Témoignage de résilience et de force

Les nuits où j’écrivais pour tenir
Aux origines de Debout, toujours Debout
Il y a des livres qui ne naissent pas d’un projet.
Ils naissent d’une urgence.
D’un trop-plein.
D’un chagrin trop lourd.
D’une inquiétude trop profonde.
D’une nuit de plus où le sommeil ne vient pas.
Avant Debout, toujours Debout, il y a eu des nuits blanches.
Des nuits devant mon ordinateur, pendant que la maison dormait enfin, ou presque. Des nuits où je n’écrivais pas pour être lue.
J’écrivais pour tenir.
J’écrivais parce que je ne savais plus où déposer tout ce que je portais.
À cette période-là, je venais de perdre ma sœur Samia, paix à son âme.
Samia, ce n’était pas seulement ma sœur.
C’était un pilier.
Un roc.
Une femme lumineuse, toujours souriante, toujours là, avec cette force incroyable que rien ne semblait pouvoir faire chavirer.
Dans les périodes difficiles, je l’avais énormément au téléphone.
Et ce qui m’a le plus manqué après son départ, c’est sa voix.
Sa voix qui me disait :
“Allez, debout.”
Elle avait toujours les mots.
Pas forcément de grands discours.
Mais les mots justes. Ceux qui remettent un peu d’air dans la poitrine. Ceux qui donnent envie de se relever, même quand on n’en a plus la force.
Je ne parle pas vraiment du deuil dans mon livre.
À ce moment-là, c’était encore trop fragile. Trop à vif. Trop enfoui aussi, peut-être.
Mais Debout, toujours Debout commence par un mot en sa mémoire.
Parce qu’il était impossible pour moi de faire naître ce livre sans y déposer un peu d’elle. Sans reconnaître ce qu’elle a été dans ma vie.
Une femme incroyable.
Une lumière.
Un refuge.
Une présence qui continue, même dans l’absence.
Et je crois qu’au fond, une partie de ce livre vient aussi de là.
De cette envie de transmettre un peu de sa lumière.
Aux parents comme moi.
À ceux qui n’ont pas de Samia dans leur vie.
À ceux qui traversent des tempêtes sans toujours avoir une voix au bout du fil pour leur dire : “Allez, debout.”
Encore aujourd’hui, quand je sens que ma force commence à me lâcher, je me raccroche à ses souvenirs.
À son sourire.
À sa façon d’être.
À cette lumière si forte qu’elle continue de m’accompagner.
Et à côté de ce deuil silencieux, il y avait Adil.
Mon fils aîné.
Mon grand garçon.
Autiste sévère, non verbal.
Adil souffrait depuis bien trop longtemps.
Je le voyais.
Je le sentais.
Dans son agitation.
Dans ses cris.
Dans son corps qui ne trouvait pas toujours le repos.
Dans ses troubles, ses angoisses, ses douleurs que nous devions deviner sans qu’il puisse les poser avec des mots.
Et moi, j’étais inquiète.
Terriblement inquiète.
Pour lui.
Pour son avenir.
Pour la suite.
Pour ce monde pas toujours prêt à accueillir des enfants comme lui.
J’étais aussi inquiète pour mes deux enfants.
Parce que quand on est parent d’enfants en situation de handicap, on ne pense pas seulement à aujourd’hui.
On pense déjà à demain.
À après-demain.
À l’après-nous.
Et cette question me revenait sans cesse :
Et si demain, moi ou leur papa, nous ne sommes plus aptes à être là pour eux ?
Qui saura ?
Qui comprendra ?
Qui connaîtra leurs besoins, leurs fragilités, leurs forces, leurs peurs, leurs habitudes, leurs progrès, leurs combats ?
Alors il fallait laisser des traces.
Des traces de ce que nous vivions.
Des traces de ce que mes enfants traversaient.
Des traces de ce que j’apprenais, de ce que je comprenais, de ce que je découvrais sur la parentalité atypique, sur le handicap, sur l’amour immense qui nous pousse à continuer même quand tout semble trop lourd.
Je crois que c’est aussi pour ça que j’ai écrit.
Pour ne pas oublier.
Pour transmettre.
Pour témoigner.
Pour que quelque chose reste.
Je m’étais beaucoup isolée à cette période.
Je sortais peu.
Principalement pour mes enfants : les déposer, les accompagner, les rendez-vous, les urgences, les démarches, les trajets.
Ma vie tournait autour d’eux.
Autour de leurs besoins.
Autour de ce qu’il fallait gérer.
Je gérais.
Je tempérais.
J’assistais.
Je portais.
Et quelque part, je m’étais oubliée.
Mais avec le recul, je crois que cette solitude m’a aussi permis d’entendre ce qui se passait à l’intérieur de moi.
Elle m’a forcée à regarder en face ce que je repoussais depuis trop longtemps.
Le deuil.
La fatigue.
La peur.
L’amour.
L’épuisement.
La colère parfois.
Et cette envie immense que tout cela serve à quelque chose.
Alors, les nuits où je n’arrivais plus à dormir, j’allumais mon ordinateur. Je déchargeais.
Des textes bruts.
Des textes écrits avec le cœur serré.
Des textes que j’ai parfois publiés sur mes réseaux.
Et d’autres que j’ai gardés pudiquement dans mes dossiers, parce qu’ils étaient trop intimes, trop proches de la plaie.
Petit à petit, j’ai compris que ces fragments formaient un chemin.
Ils parlaient de moi, bien sûr.
Mais pas seulement.
Ils parlaient de beaucoup de parents.
De beaucoup de familles.
De ceux qu’on ne voit pas toujours.
De ceux qui tiennent dans l’ombre.
De ceux qui aiment, qui accompagnent, qui s’épuisent, qui doutent, qui recommencent. Ce spin-off raconte les coulisses invisibles de mon livre.
Ce qu’il y avait avant le titre.
Avant le projet.
Avant les pages imprimées.
Avant même l’idée d’en faire un témoignage.
Il raconte les nuits où j’écrivais pour tenir.
Les nuits où la douleur, l’inquiétude et l’amour se mélangeaient.
Les nuits où je pensais à Samia.
Les nuits où je regardais mes enfants dormir en me demandant quel monde les attendait. Les nuits où je me disais qu’il fallait absolument laisser quelque chose derrière moi.
Et c’est de ces nuits-là qu’est né Debout, toujours Debout.
Un livre sur la résilience.
Sur l’amour.
Sur la parentalité atypique.
Sur le handicap.
Sur les traces que l’on laisse.
Et sur cette force qu’on ne choisit pas toujours, mais qu’on finit par trouver, quelque part, au milieu de l’effondrement.
Debout, toujours debout – Témoignage de résilience et de force est disponible sur notre site.