Entretien avec A. S. Bonnet auteure de Partagés entre deux mondes

Entretien avec A. S. Bonnet auteure de Partagés entre deux mondes

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

Un sentiment partagé, presque paradoxal. Écrire un livre était mon plus grand rêve d’enfant, probablement le premier rêve que j’ai formulé consciemment. Pourtant, lorsqu’il s’est réalisé, j’ai eu du mal à l’intégrer. Même avec le livre entre les mains, une partie de moi n’osait pas vraiment y croire. J’ai ressenti une forme de déni, comme si ce rêve appartenait encore à l’imaginaire. Et puis il y avait aussi cette question, plus profonde : « Et maintenant que ton plus grand rêve s’est réalisé, que vas-tu faire ? » La réponse est venue presque instantanément, portée par une petite voix intérieure : « En écrire un deuxième. » Cette publication au final n’a pas été vécue comme une fin mais plutôt le début d’une nouvelle aventure.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

Les premiers retours m’ont profondément touchée par leur authenticité. Ce qui m’a le plus émue, ce ne sont pas les compliments, mais les émotions que le livre a suscitées, des lecteurs qui m’ont confié avoir été bouleversés, avoir réfléchi différemment à certaines questions ou s’être reconnus dans certaines situations. Savoir qu’une histoire que l’on porte en soi parvient à toucher quelqu’un d’autre est sans doute l’une des plus belles récompenses pour un auteur. L’un des retours les plus surprenants est venu d’une lectrice chevronnée qui a trouvé dans le roman des résonances avec 1984 de George Orwell. Je ne m’attendais pas à ce parallèle, mais il m’a particulièrement marquée.

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

L’écriture et l’édition sont deux aventures très différentes. Écrire, pour moi, est quelque chose de naturel. C’est un espace de liberté, de passion et d’intuition où les mots trouvent leur place presque spontanément. L’édition, en revanche, représente un tout autre travail, tout aussi riche mais beaucoup plus exigeant. La première étape a été d’accepter d’être lue. Ensuite sont venus les temps de relecture, les corrections, les échanges, le choix de la couverture, puis la promotion du livre. Chaque étape demande de nouvelles compétences et pousse à sortir de sa zone de confort. Ce parcours éditorial m’a beaucoup appris, autant sur le plan technique qu’humain. Il oblige à se remettre en question, à apprendre, à expérimenter et surtout à oser. C’est finalement une aventure de développement personnel autant qu’un projet littéraire.

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?

L’originalité du roman réside, je crois, dans cette frontière floue entre fiction et réalité. J’aime l’idée que le lecteur puisse s’immerger dans l’histoire au point de ne plus toujours savoir ce qui relève de l’imaginaire ou du réel. Cette ambiguïté nourrit la réflexion et permet à chacun de construire sa propre lecture du récit. Les premiers lecteurs ont d’ailleurs très bien perçu cet aspect. Plusieurs proches m’ont demandé : « Mais qu’as-tu réellement vécu ? » Ce qui était assez amusant, car certaines scènes qu’ils pensaient autobiographiques étaient totalement inventées, tandis que d’autres passages inspirés du réel leur semblaient relever de la fiction. Cette confusion assumée fait partie intégrante de l’expérience de lecture que je souhaitais proposer.

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

J’ai mis cinq ans à écrire ce roman, puis trois années supplémentaires avant d’oser le sortir du tiroir et me lancer dans l’aventure de l’édition. Au départ, je n’écrivais pas avec l’idée de publier un livre. J’écrivais pour m’évader, pour comprendre, pour cheminer, pour me souvenir. L’écriture était avant tout un besoin personnel. Je n’ai donc jamais vraiment connu le syndrome de la page blanche. Au contraire, j’avais souvent plusieurs chapitres d’avance dans ma tête et pas assez de temps pour les coucher sur le papier. Ce livre s’est construit comme un véritable cheminement intérieur. J’aimais particulièrement écrire dans des moments propices à l’introspection, comme les soirs de pleine lune ou en pleine nature. Si je devais citer un rituel, ce serait d’utiliser l’imagerie mentale, issue de mon métier de préparatrice mentale. Avant d’écrire une scène, je cherche à ressentir pleinement les émotions des personnages pour pouvoir les retranscrire avec le plus de justesse possible.

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

Oui, sans hésitation. J’ai même plusieurs projets en tête. L’un d’eux concernerait la préparation mentale, qui est au cœur de mon activité professionnelle. J’aimerais transmettre des outils et des réflexions accessibles au plus grand nombre. Parallèlement, j’ai déjà commencé l’écriture d’un nouveau roman. Je suis convaincue que la fiction permet parfois de toucher plus profondément les lecteurs que les ouvrages techniques, car elle parle directement à l’imaginaire et aux émotions. Ce nouveau projet explorera d’autres dimensions de l’expérience humaine comme les liens qui nous unissent, les héritages familiaux, l’impact des traumatismes, les blessures invisibles que nous portons parfois sans en avoir conscience. Comme dans mon premier roman, il y aura une réflexion sur les différentes réalités qui façonnent notre perception du monde.

A. S. Bonnet auteure du livre Partagés entre deux mondes disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.