Entretien avec Katia Bertheux auteure de Ça va l’faire !
Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?
Le premier sentiment a été de la fierté ! Fierté de tenir entre mes mains ce livre, concrétisation de tant d’heures d’écriture solitaire. Fierté de l’existence de ce produit fini, témoignage d’une expérience que je pensais indicible.
Mais ce doux plaisir du travail accompli a vite été remplacé par un autre sentiment, moins plaisant : l’inquiétude… J’ai éprouvé la peur de décevoir tous ceux qui avaient eu la gentillesse de s’engager à mes côtés dans cette aventure, qui avaient cru en moi sur quelques mots… J’ai craint aussi d’avoir succombé à l’impudeur en m’exposant ainsi au regard des lecteurs.
Mais une saine excitation accompagnait ces appréhensions : plus que la peur finalement, c’était l’impatience d’être confrontée à l’autre, à son avis, à son ressenti, qui dominait.
Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?
Novice en édition, je ne savais pas à quoi m’attendre ni par quel bout m’y prendre. J’ai donc envoyé mon manuscrit aux nombreuses maisons d’édition recensées sur internet. Les plus prestigieuses n’ont pas daigné me répondre mais j’ai rapidement reçu des invitations à me faire publier. J’ai tout d’abord été fort flattée par ces propositions avant de comprendre que l’intérêt de ces éditeurs pour mon livre était proportionnel à l’investissement financier que j’étais prête à consentir ! Or, il m’est vite apparu impensable de payer pour être éditée. Il ne s’agissait pas d’un problème d’argent mais de confiance. Si quelqu’un croyait en mon livre, il oserait prendre le risque de me proposer un contrat.
Et, finalement, les Editions Maïa ont répondu à mes aspirations : la qualité des échanges avec mes différents interlocuteurs, le suivi tout au long du processus de création de l’objet livre mais aussi suite à s publication, le recours à la participation collaborative… m’ont convaincue de m’engager avec cette Maison. Et je n’ai à ce jour pas encore été déçue !
Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?
Il y a d’abord un travail plus approfondi du texte. Lors de ma 1ère parution, j’ai livré un texte assez brut qui a demandé pas mal de travail de correction ; ce qui est toujours difficile quand on est l’auteur car il faut avoir un regard très analytique et sortir complétement du récit.
Pour celui-ci, ce travail avait été effectué au préalable, ce qui a permis de se concentrer sur l’histoire et l’intrigue.
Et puis, j’ai réalisé que l’échéance de l’édition mettait une petite pression à livrer une histoire bien ficelée.
Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?
L’originalité de mon témoignage est, d’après ses lecteurs, d’évoquer un sujet grave mais sans que ce soit une tragédie. Rien n’est caché de ce cancer que j’ai vécu : les souffrances du corps sont décrites, les angoisses de l’âme sont dites. Mais la vie, l’espoir, le rire dominent. C’est un témoignage honnête, dur mais aussi drôle. Un témoignage humain finalement, avec ses faiblesses et ses richesses, qui peut toucher tout le monde puisqu’il s’efforce simplement de répondre à ces questions que chacun peut être amené à se poser : « Comment on se débrouille face à une annonce, un drame, une souffrance ? Comment gère-t-on ses propres angoisses, mais aussi celles de ses proches ? Comment on s’en sort, tant bien que mal, pour vivre normalement, malgré tout ? »
Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?
Lorsque je me suis lancée dans cette aventure, j’espérais peut-être, confusément, que je vivrais l’écriture comme un exutoire. Écrire ou mourir ! Quel tragique mais tellement bel enjeu ! Or il se trouve que je n’ai pas eu besoin d’être sauvée : à défaut d’aller toujours tout à fait bien, je n’allais pas mal. Je m’en réjouissais mais, tout de même, j’aurais obscurément aimé éprouver cette conception ultime de la littérature.
J’aurais aimé aussi vivre l’écriture comme un rituel. Me retrouver chaque matin, à horaires fixes, bien calée dans un confortable fauteuil, derrière mon bureau boisé, une tasse de thé vert toujours fumante à portée de main, mes doigts alertes sur le clavier, le silence juste entrecoupé par les chaleureux ronronnements de mon chat sur mes genoux. J’ai essayé de concrétiser ce fantasme de « mon petit moment rien qu’à moi où j’écris ». Mais il a hélas très vite explosé au contact de la réalité et des contraintes du quotidien. Et puis il aurait aussi fallu que je fasse l’acquisition d’un chat.
Alors j’écrivais quand la maison était endormie ou sur le canapé devant la télé au milieu des Garçons ; j’écrivais directement sur mon ordinateur ou je gribouillais quelques mots sur un des carnets qui ne me quittaient jamais ; j’écrivais juste cinq minutes ou je passais trois heures sur une même phrase. Ce n’était pas bien compliqué en fait : j’écrivais simplement quand je le pouvais. Et c’était bien ainsi.
Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?
Deux autres livres sont actuellement en gestation.
Le premier aurait pour thème, à nouveau, mon expérience du cancer mais interrogerait cette fois-ci « l’après ». Comment gérer ce retour à une vie normale après ce tremblement de l’être ? Que dire à ceux qui nous répètent « C’est fini maintenant, ça va aller ! » alors qu’on n’arrive pas, justement, à aller bien ? Comment répondre à cette injonction au bonheur ? Et que faire de cette guérison qui semble impossible, de cette rémission annoncée qui ne rassure pourtant pas ?
En parallèle, écrire des chroniques sur mon métier de professeure m’attire et m’inspire. Il s’agirait de décrire l’envers du décor, de faire découvrir la face cachée de l’Education Nationale, cette noble institution que tout le monde connaît mais dont personne ne peut deviner les étranges et ubuesques rouages sans les éprouver au quotidien.
Katia Bertheux auteure du livre Ça va l’faire ! sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.