Texte inédit de Stéphane Rallier auteur de Spoutnik et Léa – Ensemble contre le harcèlement scolaire

 

Avant les mots 

Stéphane Rallier 

Texte périphérique à l’univers de « Spoutnik et Léa » 

Spoutnik ne comprend pas les mots. 

Mais il comprend quand un enfant a trop longtemps tenu debout. 

Il reconnaît les corps qui se replient. 

Les épaules qui tombent. 

Les regards qui se baissent avant même d’avoir croisé quelqu’un. 

Les adultes parlent souvent de caractère. 

De timidité. 

De sensibilité. 

Spoutnik, lui, voit autre chose. 

Il voit des enfants qui ont appris à se taire 

parce que personne ne les a vraiment écoutés. 

Spoutnik a appris que certains enfants pleurent 

parce qu’ils ne savent pas faire autrement. 

Pas parce qu’ils sont fragiles. 

Pas parce qu’ils cherchent de l’attention. 

Parce que les mots ne viennent pas toujours quand il faudrait. Parce que la colère reste coincée. 

Parce que la peur prend toute la place. 

Alors le corps parle à leur place. 

Les pleurs arrivent quand tout le reste est trop lourd. 

Quand tenir droit demande trop d’efforts. 

Quand expliquer serait encore un combat de plus. 

Les adultes cherchent souvent à comprendre. 

Ils posent des questions. 

Ils veulent des raisons. 

Spoutnik n’en cherche pas. 

Il sait que certains enfants ne pleurent pas à cause de ce qui vient de se passer, mais à cause de tout ce qu’ils ont déjà encaissé.

Il les reconnaît à leur façon de se replier. 

À la tête qui se baisse. 

Aux bras qui entourent les genoux, 

comme pour empêcher quelque chose de tomber encore. Il arrive un moment où les pleurs ralentissent. 

Pas parce qu’ils ont été entendus. 

Pas parce qu’ils ont été compris. 

Juste parce que le corps sent 

qu’il n’est plus seul à porter tout ça. 

Spoutnik connaît ce moment. 

Ce n’est pas un apaisement. 

C’est une pause. 

La respiration change. 

Les épaules descendent d’un centimètre. 

Les mains serrent un peu moins fort. 

Rien de visible pour qui regarde de loin. 

Mais tout change pour celui qui est là. 

Spoutnik ne touche pas toujours. 

Parfois, il se contente d’être proche. 

Assez pour que l’enfant sache 

qu’il pourrait. 

Dans cette proximité, 

il n’y a pas de demande. 

Pas d’attente. 

Pas d’obligation d’aller mieux. 

Juste un espace où l’on peut 

ne plus faire semblant. 

On croit souvent que les enfants vont mal 

parce qu’ils sont trop sensibles. 

Mais la plupart du temps, 

ils vont mal 

parce qu’ils ont été forts trop longtemps. 

Spoutnik le sait. 

C’est pour ça qu’il s’arrête.

J’écris des histoires pour les enfants, mais aussi pour les adultes qui les accompagnent. 

Ce texte est volontairement incomplet. 

Parce que certaines blessures ne se referment pas dans la solitude. Le livre “Spoutnik et Léa” est né de cette conviction : 

on ne grandit pas contre, 

on grandit avec. 

Ce texte est une porte d’entrée dans l’univers de Spoutnik. 

L’histoire complète, accompagnée d’un guide pour les adultes, 

est développée dans l’ouvrage 

Spoutnik et Léa – Ensemble contre le harcèlement scolaire