Textes inédits de Jean-Claude Brélivet Shunya – De vie et d’âme – Un récit initiatique

Retrouvez en exclusivité des textes inédits de Jean-Claude Brélivet auteur de De vie et d’âme – Un récit initiatique.

Bonne lecture !

UNE BELLE OPPORTUNITE 

Comment réagir au racisme ordinaire quand soudainement il sort de la bouche d’un  enfant ? Comment mettre à distance les émotions pour faire d’une situation  conflictuelle une opportunité à saisir pour permettre à chacun de grandir ? 

Ce matin de juillet dans le parc du château d’Alleret, Pierre propose des jeux de  ballons aux enfants volontaires. 

Une péripétie de jeu entraîne un contact un peu rugueux entre Abdel, Mohamed et  Youen (les prénoms des enfants ont été modifiés). Celui-ci tombe à terre. Il se relève  agacé. Il repousse les deux joueurs. Ceux-ci se rebiffent et la remarque cinglante fuse :  « Me touchez pas les africains ! Vous puez !! » 

En quelques secondes le jeu a basculé. 

Pierre intervient très vite et sépare les protagonistes. Il se renseigne sur les faits.  Abdel et Mohamed lui expliquent l’injure qu’ils viennent de subir. La réaction de Pierre est alors d’une grande justesse. Il ne prend à partie aucun des  bagarreurs et demande aux deux amis s’ils sont d’accord d’expliquer par écrit en quoi  les africains méritent le respect. 

Ceux-ci (12 et 13 ans) acquiescent et partent très remontés vers le château afin de  trouver une feuille et un crayon. 

Mettre à distance un événement  

Sur le chemin, ils me croisent et me demandent de quoi écrire. Je les amène au  bureau et ils m’expliquent. Je leur rappelle alors l’activité Land-Art où chacun avait  expliqué les qualités qu’il avait développées pour réussir son œuvre dans la nature,  ainsi que le grand jeu de la veille à vocation initiatique où ces mêmes qualités avaient  été réinvesties dans différentes épreuves. 

On en fait le tour : la solidarité, la force, la patience, la minutie, le courage, la loyauté,  l’humour… 

Finalement, ils en retiennent six et rédigent seuls leur texte.  

Ils retournent voir Pierre, lui lisent le texte ainsi qu’à Youen. Abdel et Mohamed  demandent des excuses. Youen (12 ans) indique qu’il le fera par écrit. 

Après avoir montré sa lettre d’excuses à Abdel et Mohamed, la tension retombe.  Cependant Abdel et Mohamed souhaitent lire leur texte à toute la colo en fin de  journée lors du « temps des retrouvailles » qui permet d’échanger ensemble sur la  journée. 

Ils sollicitent Youen qui accepte de lire ses excuses. 

18 heures 15 : temps des retrouvailles. Les 45 enfants de 7 à 13 ans sont assis en  cercle. Mohamed prend la parole et explique ce qui s’est passé le matin. Youen lit  alors sa lettre d’excuses :  

« Je me sentais mal. Ma maman m’avait dit de le dire. C’est juste une phrase, je ne le  pensais pas. Je ne voulais pas les mettre en colère. Je présente mes excuses à tous les  africains de la colo. On est tous pareils. » 

Mohamed lit ensuite son texte d’une voix forte : 

Les africains sont solidaires. 

Les africains ont de la force.

Les africains ont de l’imagination. 

Les africains persévèrent quand ils n’y arrivent pas. 

Les africains ont du courage. 

Les africains sont loyaux. 

La plupart des pays d’Afrique sont indépendants. 

Les premiers hommes sur terre sont nés en Afrique. 

Il termine en disant : 

« La violence ne mène à rien, nous sommes tous pareils ». 

Le silence est impressionnant, l’émotion est palpable. Spontanément plusieurs  enfants applaudissent.  

Marie-Jo, intervenante formée à la médiation et à la gestion pacifique des conflits,  participant bénévolement et à sa demande au déroulement du centre de vacances afin  de mettre en oeuvre ses compétences auprès d’un jeune public, prend alors la parole. Elle précise qu’il faut toujours faire attention aux propos qui généralisent car ils  peuvent enfermer une personne, un groupe dans une logique qui occulte sa diversité.  « On est tous pareils » mais on est aussi uniques avec nos qualités et nos zones  d’ombre. Il importe d’être attentif à ces particularités qui nous enrichissent  mutuellement dès lors que l’on sait les accueillir avec empathie. 

Grandir un peu tous les jours 

Plusieurs enfants déclarent qu’ils souhaiteraient devenir médiateurs. Marie-Jo leur propose de constituer un groupe d’enfants qui souhaiterait se former à  la médiation afin de devenir eux-mêmes des médiateurs. 

Une demi-douzaine d’enfants se manifeste. Rendez-vous est donné le lendemain  matin. 

Ils ont passé plusieurs matinées avec l’adulte afin de comprendre les enjeux de la  médiation, de repérer ensemble les qualités et compétences auxquelles le médiateur  fait appel et de s’essayer dans quelques jeux de rôle. 

Ce midi-là, ils sont tous très motivés car leur formation est achevée. Ils décident de  manger à la même table. 

Awena et Johanna cherchent une place et s’approchent de leur table. « Non, dit Mohamed, ici se sont les médiateurs. » 

Marie-Jo, toute proche, lui rappelle à l’oreille qu’un médiateur accueille et crée du  lien. 

Mohamed comprend. 

Ne jamais oublier que les enfants n’apprennent pas une fois pour toutes. Ils  apprennent maintenant, puis encore maintenant, toujours maintenant. 

La dynamique est lancée… Et dans quelques jours ils s’en vont, retrouver leurs  proches et se confronter à des problématiques d’adultes qui pour un certain nombre  les dépassent. 

Cependant ils auront découvert que leurs sentiments existent vraiment, qu’ils  peuvent être entendus, qu’ils ont des besoins et la possibilité de formuler des  demandes… Qu’ils ont le droit d’être en colère et possèdent la formidable puissance  de la parole pour exprimer leurs ressentis. 

La crise sanitaire, celle de la covid et son enjeu véritable Texte rédigé lors du premier confinement 

On entend, j’entends, ici et là, des remarques, points de vue, jugements sur le sens  que peut représenter la crise sanitaire aujourd’hui au regard de l’homme : « Lui qui se croyait tout-puissant, réalise qu’il n’en est rien. Il ne sait pas tout, ne  peut tout maitriser. Certes les progrès scientifiques sont énormes depuis un siècle,  certes on voyage dans l’espace, certes on construit des voitures, des avions, des  fusées, des villes, des robots de plus en plus sophistiqués et complexes, mais  cependant face à un organisme dont la dimension est invisible à l’œil, l’homme  s’avoue vaincu, dépassé et le monde vacille. A vouloir jouer les apprentis sorciers, sa  toute-puissance est remise en cause. » 

Une sorte de punition Céleste !? 

Et pourtant, ce qui m’apparait et qui apparaît à beaucoup, de façon indubitable,  indiscutable est exactement l’inverse ! 

Ce n’est pas parce que l’homme s’est cru tout tout-puissant qu’il se  retrouve aujourd’hui démuni, c’est, au contraire, parce qu’il n’a pas  conscience de sa toute-puissance qu’il s’est enferré dans des errements  multiples.  

C’est aussi ce qu’exprime le Dalaï Lama lorsqu’il indique que la plus grande lacune de  l’homme est son ignorance. Pas l’ignorance de savoirs multiples, bien sûr, mais  l’ignorance de sa toute puissance. 

De qu’elle conscience et de qu’elle toute puissance, s’agit-il ?  

De celle qui nous permet de savoir qui nous sommes véritablement. Nous ne sommes  pas ce corps, nous ne sommes pas notre mental, nos égos et nos émotions. Nous  sommes une étincelle de Vie, intemporelle, a-spatiale, immuable et immortelle, reliée  à un Tout qui nous dépasse et qui nous unit tous. Nous ne sommes pas séparés, nous  sommes tous reliés, car issus de ce Tout qui est fondamentalement, organiquement,  amour, paix, partage et joie. 

Si nous avions conscience, au plus profond de nos cellules, de cette toute puissance,  de cette étincelle de vie en nous, de cette reliance, nous serions nous aussi  fondamentalement, organiquement, amour, paix et joie.  

Alors les fonctionnements du mental et de nos égos seraient positionnés à leur juste  place, c’est-à-dire juste à leur place. 

Nous ne serions plus guidés par la peur, la honte, la colère, la jalousie, les jugements.  L’humanité ne serait plus esclave des volontés de pouvoir et de gains qui dictent les  logiques actuelles. 

Nous serions tout simplement solidaires, humanistes, respectueux de la moindre  fleur, du moindre animal, de chaque être humain. Nous pourrions alors déployer le  meilleur de la plus belle vision que nous avons de nous-mêmes.  

On l’observe aujourd’hui. Les actes d’entraides, de solidarités, de générosités, de dons  de soi et de courage se multiplient. Cela est en accord avec les aspirations de notre  essence profonde, de notre âme, de notre étincelle de Vie. Ces actes sont alignés. Qu’en sera-t-il demain quand la crise sera passée et que les logiques de gains, de  productivités du vieux monde referont surface ? Si tel est le cas, d’autres évènements  viendront à nous pour nos appeler à investir notre toute puissance. Pas une toute  puissance qui domine et écrase, pas une toute puissance en constante compétition 

avec l’autre, mais, vous l’avez compris, une toute puissance de bienveillance et de  partage. 

C’est l’aspiration fondamentale et inexorable de chaque âme que de toucher cette  toute puissance. Il faudra plus ou moins de temps à chacune pour y arriver. Des  centaines de retours dans la matière peut-être !  

Mais chacune y parviendra, parce que, comme l’a écrit Abou El Kacem Chebbi, poète  tunisien : 

« Lorsque les âmes tendent vers la Vie, le destin est contraint de leur répondre. » 

Le slogan en vigueur « Restez chez-vous » est extraordinairement en adéquation avec  cette quête de l’âme. Oui, dans le monde manifesté où nous sommes incarnés, il faut  rester chez soi, dans sa maison, son appartement, avec jardin, à la campagne ou au  cœur d’une banlieue… 

Mais il faut aussi et fondamentalement rester en Soi. Un arrêt sur image devenu vital  afin de cesser de propager hors de soi, les logiques réactives de nos égos de peur, de  colère, de ressentiments, de pouvoir et d’argent. Il ne s’agit pas non plus de les garder  pour soi telle une cocotte-minute potentiellement explosive, mais de mettre ses égos à  distance.  

Etre simplement observateur de leurs manifestations, afin de ne plus être dans la  réaction mais dans l’action alignée où le discernement et l’ouverture raisonnée sont  les moteurs. Cet alignement entre le mental, l’émotionnel et le cœur est le travail de  fond auquel chacun est appelé à s’atteler. Alors en sortant de chez soi, tout en étant  en Soi, chacun pourra expérimenter le déploiement d’un être non plus simplement  animal pensant, mais pleinement humain, soucieux d’épanouir en lui et autour de lui,  telle une fleur nouvelle, un amour véritable, déconditionné.  

Là est la vraie liberté. 

Nous sommes nés pour rendre manifeste la force de Vie qui est en nous Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus, elle est en chacun de  nous 

Au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière,  Nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de  même. 

 Marianne Williamson

HISTOIRE DE FEE 

Une légende raconte qu’une fée se penche 

Sur chaque berceau et accorde au bébé nouveau-né 

La satisfaction de son vœu le plus cher. 

Plus tard chaque bébé, devenu grand, tente de  

Retrouver l’essence même de ce vœu initial. 

Rares sont ceux qui le reconnaissent. 

Cela faisait quarante ans qu’il sentait une sorte de pieuvre tentaculaire qui lui nouait  le ventre, chaque matin. Ce n’était pas une amie et cependant il ne pouvait la mettre  dehors. Elle s’était incrustée depuis si longtemps, inexorablement. Lui cherchait quelque chose, mais il ne savait pas quoi. La pieuvre cherchait avec lui. « Je n’ai simplement pas encore trouvé » voulait-il se rassurer. 

La réponse possible à cette quête lui semblait devoir venir de très loin. Mais très loin  dans le temps ? Très loin dans l’espace ? Ou très loin, profondément en lui ? 

Ce jour-là, il se leva avec sa pieuvre et décida de suivre l’intuition forte qu’il percevait  en lui : prendre la voiture, aller sur cette falaise qu’il connaissait bien et regarder la  mer. 

Quand il arriva sur le lieu, il reconnut le sentier qu’il avait souvent emprunté sans  prendre le temps de s’arrêter. Il fit une pause et observa les alentours. Il vit une  grosse pierre posée là, qui semblait l’attendre. Elle était plate, un peu surélevée. Un  vrai siège ! 

Il s’installa et regarda au loin, l’immensité marine. Elle était tranquille, sans vague,  un calme plat absolu en ce jour sans vent. L’odeur des algues montait jusqu’à ses  narines entraînant une sorte d’ivresse et de liberté accentuées par le vol des goélands  au-dessus de sa tête.  

Une tranquillité profonde commença à l’envahir doucement. Une tendre chaleur  montait le long de la colonne et diffusait vers chacune des vertèbres. De cette paix se  déploya un sentiment de joie : joie du rien, joie du vide. Vide du mental s’inclinant  devant une vision du monde insoupçonnée et tellement réelle. 

Il resta ainsi, un long moment, hors du temps, immobile et tellement vivant.  C’est alors qu’il vit la pieuvre. Elle était retournée à la mer et nageait vers le large.