Entretien avec Karine Van Audenhove auteure de Une toile inachevée

Entretien avec Karine Van Audenhove auteure de Une toile inachevée

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

De l’évasion intime à la rencontre avec les lecteurs : l’aventure de Une toile inachevée

Je n’avais pas prévu de publier Une toile inachevée. À l’origine, j’écrivais pour moi, presque comme on ouvre une parenthèse dans sa vie. Je m’inspirais de témoignages que l’on m’avait confiés, de réflexions personnelles et de ces questions que la vie, parfois, fait naître en nous. Je n’imaginais pas que ces mots finiraient un jour entre les mains de lecteurs.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

Les premiers retours m’ont profondément émue. Beaucoup de lecteurs m’ont dit s’être identifiés à Charlie ou avoir retrouvé, dans son histoire, un écho à leur propre vécu. Certains m’ont confié que certaines situations avaient réveillé des souvenirs ou des émotions personnelles. C’est probablement l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse faire à un auteur : me faire comprendre que mon histoire peut devenir celle de quelqu’un d’autre.

C’est aussi tout le sens du titre Une toile inachevée. Je ne voulais pas apporter de réponse définitive. Je voulais laisser au lecteur la possibilité de compléter cette toile avec ses propres émotions, son histoire, ses questionnements.

Une fois le livre publié, il ne m’appartient plus tout à fait. Chaque lecteur y pose son propre regard et lui donne une couleur différente.

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

Cette expérience d’édition m’a appris à faire confiance à ma sensibilité et surtout à oser. Oser donner une chance à une histoire que je n’avais pourtant jamais destinée à être publiée. J’ai également compris qu’il ne fallait pas forcément écrire avec la volonté de plaire à tout le monde. Il faut écrire avec sincérité. Si quelques lecteurs se reconnaissent dans nos mots, ressentent quelque chose, s’interrogent ou se découvrent autrement à travers une histoire, alors l’écriture a déjà accompli quelque chose de précieux.

Cette aventure m’a aussi appris à lâcher prise. Lorsque l’on écrit, on pense connaître son histoire, ses personnages, ce que l’on veut transmettre. Puis les lecteurs arrivent avec leur propre vécu et nous montrent parfois des choses que nous n’avions pas nous-mêmes perçues. Et c’est cela qui rend l’aventure littéraire si fascinante.

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?

J’ai choisi une forme très contemporaine pour raconter cette histoire : des échanges de SMS et de MMS entre un homme et une femme. Nos téléphones sont aujourd’hui au cœur de nos confidences, de nos désirs, de nos ambiguïtés ; ils me semblaient être un formidable moyen de faire entrer immédiatement le lecteur dans l’intimité des personnages. À travers Charlie, je voulais explorer le doute, le désir et les contradictions d’une femme dont la vie semble pourtant parfaitement construite. Elle est aimante, passionnée, attachée à son mari et à ses enfants. Et pourtant, le temps d’un été, une rencontre vient fissurer quelques-unes de ses certitudes.

Le roman possède une dimension sensuelle et érotique, mais ce qui m’intéressait avant tout était ce qui se joue derrière le désir : le questionnement intérieur, la fragilité, les émotions et cette frontière parfois difficile à définir entre ce que l’on imagine et ce que l’on fait réellement.

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

À cette époque, je passais chaque jour près de 3h dans le RER pour me rendre au travail. Ces longs trajets sont devenus mon espace d’évasion. Puis, le soir, mon jardin était mon refuge, mon cocon d’écriture. J’aimais m’y installer, observer la nature, ses lumières, ses couleurs et décrire ce décor qui représentait pour moi une véritable source de bonheur. j’en ai naturellement glissé une part dans mon roman. Je n’avais pas de méthode particulière. J’écrivais parce que j’avais besoin de m’évader, de créer un monde qui n’appartenait qu’à moi.

Puis mon mari a commencé à réaliser des esquisses autour de mon histoire. Mes enfants m’ont encouragée à aller au bout de cette aventure. Leur regard m’a permis d’envisager ce que je n’avais jamais imaginé : faire de ces pages un véritable livre.

Lorsque Une toile inachevée est paru, j’ai ressenti un merveilleux sentiment d’accomplissement, c’était la concrétisation d’une aventure intime devenue une aventure familiale. Et surtout, le début d’une nouvelle histoire, celle de la rencontre entre mon texte et ses lecteurs. 

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

Une prochaine histoire, mais pour les enfants. Aujourd’hui, j’ai envie de continuer à écrire, mais peut-être dans un univers très différent.

Lorsque ma fille était enfant, nous avons passé beaucoup de temps dans les hôpitaux parisiens. Dans les salles d’attente, j’aimais lire des histoires aux enfants qui nous entouraient. Ces moments sont restés profondément ancrés en moi.

Depuis longtemps, j’ai envie de raconter la différence à travers des histoires destinées aux enfants. Leur parler de tolérance, d’empathie, de courage et d’acceptation de soi. Leur montrer que ce qui peut parfois nous faire nous sentir différents peut aussi devenir une force et une richesse.

Ce projet me tient particulièrement à cœur parce que j’aimerais transmettre aux enfants quelque chose que les livres m’ont moi-même toujours apporté : la possibilité de voyager ailleurs, de ressentir, de comprendre l’autre et parfois de se comprendre un peu mieux soi-même.

Karine Van Audenhove auteure du livre Une toile inachevée disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.