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Entretien avec Anna-Livia Marchionni – Nomade, le meilleur endroit du monde

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

J’ai écrit plusieurs romans, et il y a des années que je les envoie à des maisons d’édition, mais sans grande conviction. Mon rapport à Nomade, le meilleur endroit du monde est assez différent, parce que c’est un roman qui est tourné vers le monde et la vie, et qu’il rejoint mes propres engagements concernant les minorités, notamment sexuelles. C’est pourquoi je me suis particulièrement acharnée pour tenter de le faire publier. Je l’ai envoyé à 39 maisons d’édition, pendant plus d’un an et demi. Je n’y croyais plus, alors, lorsque j’ai appris qu’il serait publié, blasée, je n’ai finalement pas ressenti grand-chose ; peut-être surtout du soulagement devant la tâche enfin accomplie. Et lorsqu’il est paru pour de bon, c’est-à-dire lorsqu’il a été mis à la disposition des lecteurs potentiels, j’ai été intimidée.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

A part deux remarques concernant un passage de conversation au téléphone qui parait trop long, les premiers lecteurs ont insisté sur la qualité littéraire du texte, ce qui m’importe, d’autant plus que l’on m’a dit que le style n’empiétait pas sur la narration. Ils ont été nombreux à me rapporter leur attachement aux personnages, et à me parler de l’atmosphère de mon roman. Voici deux critiques trouvées sur le site Babelio, et qui rejoignent celles que l’on m’a faites jusqu’à présent :

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

Comme je l’ai écrit précédemment, il a été très difficile de faire accepter ce roman par une maison d’édition. Je trouve très louable de la part des éditions Maïa d’avoir pris le risque de publier un premier roman, qui plus est d’une quasi-inconnue dans l’univers littéraire. Je m’attendais à devoir apporter un grand nombre de corrections, mais mon éditeur m’a fait comprendre que s’il s’engageait à publier un roman, c’est que celui-ci est bien tel qu’il est ; c’est un acte de confiance. J’en tire l’enseignement (pragmatique) que l’acharnement finit par payer (parfois).

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?

Étant donné les critiques qui m’ont été faites, je pense que oui, en grande partie parce que c’est aux lecteurs de décider, de « ressentir », à quel niveau ils ou elles placent cette originalité, que j’aurais moi-même du mal à déterminer. Finalement, ce qui fait l’originalité d’un texte, il me semble que c’est avant tout le « lieu » que ce texte parvient à atteindre chez un lecteur donné, ce qui l’émeut, ce qui diffère pour chacun. Plus concrètement, quelqu’un m’a dit aussi que le thème, l’amour entre deux femmes dans un contexte de répression de l’homosexualité dans la Russie actuelle, était en lui-même original, ce dont je n’avais pas vraiment conscience. Pour moi, qui m’engage en ce moment pour la défense des minorités sexuelles, dont je fais partie, ce thème n’est pas spécialement original ; il relève de mon expérience quotidienne.

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

Je suis incapable d’aboutir à quelque chose de bien en suivant une méthode ou une recette. J’écris depuis que j’ai six ans, alors je crois au temps, qui permet d’élaborer et d’explorer une relation très personnelle à l’écriture, je crois aussi à la passion que l’on ressent pour nos personnages ou à l’histoire qu’on raconte, ainsi qu’à l’audace, qui nous permet de transgresser nos propres frontières, nos propres censures. J’ai quelques rituels dont je crois avoir besoin, mais je pense que je m’en débarrasserais sans problème ; à mon avis, cela relève d’une forme de superstition (certes, qui peut être nécessaire). Par contre, j’ai absolument besoin d’écrire à la main.

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui, sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

J’avais déjà commencé l’écriture d’un autre roman lorsque j’ai su que Nomade allait être publié. Donc, je continue de l’écrire, en espérant pouvoir le transmettre à son tour à des lecteurs (autre superstition : j’aime mieux ne pas en parler). Je suis aussi en train de rassembler mes nouvelles pour constituer un recueil. Et je corrige ma thèse, une socio-anthropologie du syndrome d’Asperger, en vue d’une potentielle publication.

Retrouvez l’auteure sur son blog.

Anna-Livia Marchionni, auteure de Nomade, le meilleur endroit du monde, disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.