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Entretien avec Éric Henderycksen – L’Itinéraire extravagant

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

Un certain contentement. Le sentiment d’avoir eu de la chance.

Mais on peut le résumer aussi par les premières strophes de l’avant-dernier poème du recueil :

« Ainsi la Librairie

Accueille mon ouvrage …

Il s’en faut que j’en rie,

Parvenu à cet âge !

Ces quarante ans de doute

Auront eu pour issue

Un livret qui s’ajoute

Aux pages des sangsues.

Qu’il ait pu rencontrer

L’intérêt d’un lecteur,

Me laisse pénétré

D’une étrange stupeur :

Je peux regarder ça

Comme une facétie

Que le Ciel exerça,

Mais de là que j’en rie … »

Ce qui signifie quand même que cela ne m’a pas laissé indifférent.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

Peu de choses sur le fond.

Mais c’est aussi de ma faute, à tant privilégier la forme.

Une amie de trente ans m’a trouvé négatif dans mon bilan d’existence, qui transparaît dans le recueil, ce qui est probable mais peut-être exagéré.

Certains se sont déclarés agréablement surpris de ce que je raconte (quand même), qui ne me connaissaient auparavant qu’au plan professionnel.

J’ai reçu quelques compliments concernant ma pratique de la versification : un « tu écris de plus en plus fluide ».

Un « ça vaut le détour », comme commentaire, m’a bien plu, de la part de ma première lectrice, laquelle a d’ailleurs lancé l’appel auprès des éditeurs, l’été dernier.

Une lectrice, qui me connaissait par ailleurs, m’a remercié (ce qui fait toujours plaisir, même quand on ne sait pas de quoi, au juste).

Enfin, tous les exemplaires n’ont pas encore été remis aux souscripteurs, puisque l’on attend encore la possibilité d’une séance de dédicaces.

Les critiques négatives viendront après, j’imagine.

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

J’en retiens peu de choses au regard du travail d’écriture lui-même, n’ayant pas reçu de commentaires à ce sujet de la part de l’éditeur.

J’ai en revanche conservé un excellent souvenir de ma discussion avec Mathieu Béchac, au sujet de la couverture du livre.

Cela m’a valu, pour cause de copyright d’une photo, de rencontrer François Villon lui-même (enfin sa statue, toujours, à Champigny-sur-Marne), à qui j’ai dédié plusieurs poèmes dans le recueil.

J’ai aussi conservé un agréable souvenir d’Anne-Marie Santoni et de Céline Dutt, pour l’atmosphère sympathique et constructive de nos échanges.

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?

L’originalité réside dans un mélange de poèmes et de ballades en vers, mais aussi de chansons « à texte » (certaines ont une musique, d’ailleurs).

Le temps passant, j’apprécie beaucoup la grande liberté qu’offre le poème, par rapport aux contraintes d’une chanson. Je m’y exprime plus librement et facilement.

Mais le livre a été un choix, je dois le reconnaître, par manque de temps et de moyens pour produire et faire connaître les chansons.

Cela peut encore venir. Quand ma vie professionnelle ne sera plus qu’un souvenir.

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

Mon style d’écriture, mes règles de composition et « secrets de beauté » stylistiques se sont forgés il y a … trente-cinq ans. Je poursuis dans la même veine. Mais les aléas de l’existence m’ont privé de toute inspiration (ou d’envie de faire) durant plusieurs années.

Le désir étant revenu, je profite, depuis maintenant une huitaine d’années, de mes longs trajets professionnels pour composer dans ma tête, quitte à m’arrêter pour prendre des notes … l’inspiration est souvent fugace.

J’écris aussi au réveil, pas plus d’une heure, au moment de la journée où les idées sont les plus claires ; le soir est réservé au travail technique : assembler deux rimes, par exemple, ou chercher des synonymes.

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui, sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

Tout simplement rédiger un deuxième recueil, qui est en préparation et s’achèvera dans trois ou quatre ans, si tout se passe bien. Il parlera de tout et du reste, mais dans les mêmes tons et sous la même forme versifiée … comme dit dans les dernières strophes de l’avant-dernier poème du recueil (je me raconte trop ?) :

« C’est ici que s’arrête

Un aveu que j’ajoute

A des airs d’opérette …

Oh ! J’aimerais sans doute,

Si Dieu me prête vie,

Aller jusqu’au diptyque ;

Et, s’il m’en vient l’envie,

Achever un triptyque.

Mais quant à vous remplir

Une bibliothèque,

Et vouloir m’anoblir

Autant qu’un archevêque,

Je ne suis pas de ceux

Qui vous chantent le psaume

Avec un air pompeux,           

Jusqu’à ce qu’il assomme. »

Éric Henderycksen, auteur de L’Itinéraire extravagant, disponible sur le site des Éditions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.

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