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Entretien avec Olivier Vojetta – Courir encore

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

D’abord un sentiment de fierté ; je savais inconsciemment que Courir encore était en passe de devenir mon acte de naissance littéraire. C’est en effet le premier livre que j’ai écrit en étant parfaitement libre, sans être pour une raison ou pour une autre empêché, sans penser aux qu’en dira-t-on. C’est pour cela que je dis que c’est mon acte de naissance littéraire. J’ai compris ce qu’une littérature engagée demandait comme sacrifice, comme refus de tout compromis, de toute compromission. Je suis fier de ça même si ce n’est pas toujours facile.

Ensuite je me suis senti soulagé ; Courir encore était dorénavant un livre, il était disponible, sa vie pouvait enfin commencer. Dès le jour de sa sortie (le jour de la Saint Valentin 2020…), je n’en étais plus l’auteur ; ses auteurs seraient désormais les lecteurs. Voltaire disait que les meilleurs livres sont ceux écrits à moitié par l’imagination du lecteur. Il avait raison je crois.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

La première chronique littéraire disait du livre qu’il était d’une véritable « claque ». C’est de loin le plus beau compliment que l’on pouvait me faire ! Je remercie ici les deux premières chroniqueuses : Cécile Peronnet (Pamolico) et Sonia Pupier Goetz (Sonia boulimique des livres) pour les premiers retours, cœur avec les doigts et toutes ces sortes de choses !

Au cours des mois qui ont suivi, j’ai reçu des retours pour beaucoup incrédules. « Un livre qui sort des sentiers battus » est sans doute le commentaire à être revenu le plus souvent… Et ça me va plutôt bien ! Je suis fier que la puissance de ce texte ait été prouvée ou même révélée par l’effet de contagion qui a suivi la sortie du livre. Quand un texte ne laisse pas indifférent, quand un texte interpelle, donne la fièvre, ou met dans un état d’intranquillité, le tour est joué : vous avez là ma définition de la littérature. Une écriture engagée.

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

J’en retiens qu’il faut de la patience… Seize années séparent Courir encore, mon texte le plus abouti, d’En famille, mon premier roman sorti sous pseudonyme. À toutes celles et ceux qui lisent cette interview et qui écrivent – il doit y en avoir vu qu’un Français sur trois (sur deux ?) veut écrire un roman –, c’est un signe d’encouragement et aussi une demande de patience. À part quelques exceptions, ça prend vingt ans pour devenir un écrivain (c’est-à-dire quelqu’un qui a quelque chose à dire, et qui sait comment le dire, ou plutôt que nul autre peut dire comme lui/elle, dans son propre « bégaiement » comme disait Deleuze). Regardez Michel Tournier… il a publié Le roi des Aulnes, son premier roman, à 42 ans !

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?

L’originalité est double. D’abord parce que le fond et la forme du livre ne font qu’un. J’ai écrit 100 pages avec des lignes à la queue leu leu sans pause ou presque, en référence au marathon de la douleur que j’ai couru — et gagné — intérieurement. L’usage de la ponctuation peut surprendre mais est cohérent, puisque l’on est dans les méandres de la pensée d’un personnage qui fuit ou tente de fuir la douleur et qui court ou va courir. Chaque phrase est un souffle, une respiration, une foulée… Ensuite parce que je traite de la mort in utero sous un angle peu abordé jusqu’ici en littérature. Il y a un ancrage corporel à la douleur de ce père, alors même que le corps qui a souffert de cette épreuve est logiquement celui de la mère, ça va contre le cliché que seule la mère ressent physiquement la douleur parce qu’elle a porté l’enfant. L’originalité de la forme a été notée dans tous les retours de lecteurs, difficile de passer à côté !

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

J’ai écrit ce livre la nuit, en écoutant les Gymnopédies d’Erik Satie. J’ai écrit sans jamais me relire d’un jour sur l’autre, sans jamais me retourner pour vérifier ce que je pensais la veille, dans une sorte de transe, en faisant confiance à l’élan initial, à sa force, sa vigueur, sa sincérité. C’est ce qu’il y a de plus précieux, il ne faut jamais perdre ça. C’est ce qui rend un texte singulier… C’est d’ailleurs tout l’enjeu et le risque, plus tard lorsque l’on corrige le premier jet d’un texte – il faut améliorer les points faibles mais ne pas affaiblir cet élan vital.

Mon conseil aux apprentis écrivains est le suivant : écrire la première mouture d’un texte le plus rapidement possible car c’est ce jet initial qui pour moi est le plus précieux. Si l’élan vital est honnête et fort, alors tout le reste devient plus facile… même le travail de correction !

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui, sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

J’ai de nombreuses idées de roman en tête, dont une qui est déjà bien avancée, je suis sur le point d’en commencer l’écriture… En général je n’aime pas parler de ce sur quoi j’écris… pas une question de superstition, juste le maintien d’un jardin secret qui ne dure qu’un instant…

Mot de la fin…

Merci de m’avoir lu, j’espère de tout cœur que vous lirez Courir encore, et que vous en retirerez quelque chose d’utile pour vous, ou un de vos proches, une connaissance. Les mots peuvent-ils chasser les maux ? C’est l’idée majeure de Courir encore. Écrire a un pouvoir d’apaisement de la souffrance, ça entraîne à maîtriser les émotions. J’ai écrit ce roman pour exprimer une blessure et m’en libérer. Pour trouver en moi le courage de continuer, de « Courir encore ». C’est le livre de la résilience, il se prête plutôt bien aux temps qui courent…  

Olivier Vojetta, auteur de Courir encore disponible sur le site des Editions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.

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