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Entretien avec Patrick Scarbotte – La Terre tournera sans nous

Quel a été votre sentiment quand votre livre est paru ?

Le sentiment est toujours le même, partagé par la plupart des auteurs.

Celui de la naissance d’un enfant, la découverte de son corps à travers sa construction, couverture et mise en page. Comme on prend un bébé dans ses bras, on ne cesse d’en tourner les pages, palper la couverture. Puis, le sentiment plus pervers de la dépossession, l’enfant ne vous appartient plus, et sa personnalité, son caractère, sont livrés aux troubles humeurs du lecteur.

Mais c’est aussi le sentiment plus social, de l’aboutissement d’un travail, d’un objet, que tant de sueur et de fébrilité, de colères, ont fini par vaincre. Au fond, créer, c’est crier égoïstement son existence.

Quels ont été les retours des premiers lecteurs ? Que vous ont-ils dit sur votre livre ?

Les retours se manifestent essentiellement par des impressions courtes et simples.

« J’ai énormément aimé, beaucoup aimé, adoré ». Mais les amis sont les amis.

Plus largement, certaines analyses de fond de lecteurs plus lointains, ont pu relever ce que je revendiquais. Une histoire ancrée dans un réel sans concessions, animée par des personnages écorchés et robustes, virils et fragiles à la fois. Les portraits de femmes sont souvent remarqués, leur caractère trempé et volontaire. Je demande toujours aux lecteurs que je côtoie, s’ils sont allés au bout livre, et à quelle vitesse. C’est le critère majeur, et tous m’ont rassuré sur ce plan. Les retours plus nuancés, se fondent sur la toile de fond jugée excessive. Ce portrait de notre société qui me valut pas mal de « Dis donc, ca tape un peu fort quand même ». Le choix d’un support policier politico sentimental à suspens, a globalement emporté l’adhésion.

Que retenez-vous de cette expérience d’édition par rapport à votre travail d’écriture ? En avez-vous tiré des enseignements ?

Je découvrais le cheminement. En premier lieu, je trouvais un éditeur qui me faisait confiance, avec un vrai contrat d’éditeur. Tous ceux qui écrivent, savent ce que cet aboutissement provoque chez un auteur, dans un univers de l’édition sur lequel je ne m’étendrai pas. L’expérience ne me fut que peu douloureuse, car conscient des réalités, vous fûtes le seul que je sollicitai, et avec succès. Les enseignements que j’en tirai, tiennent plus à la découverte d’un partenariat, les étapes de l’accouchement du texte, sa couverture, et sa parution. La conclusion en est très prosaïque. Avec un bon éditeur qui vous a donné votre chance, vous épaule à toutes les étapes, et respecte votre travail, (vous ne m’avez demandé aucune modification), une ambition se fait surprenante réalité.

Quelle est l’originalité de votre livre selon vous ? A-t-elle été perçue par vos premiers lecteurs ?

La forme : J’ai voulu une intrigue écrite au présent et distillée avec un stylo en forme de caméra. Le lecteur, dans son fauteuil, baigné d’une lumière discrète, se trouve dans les dispositions d’une salle de cinéma avec la sensation d’immersion au cœur de l’histoire. Certains m’ont confié avoir été très impressionnés. Par exemple, le premier chapitre qui décrit un procès, convoque le lecteur depuis la rue, jusqu’au hall, la salle d’audience, découvre les protagonistes, et assiste aux débats, dans un climat lourd. Il a la sensation d’être convoqué à chaque étape.

Le fond : J’ai voulu partir d’un constat. La littérature depuis cinquante ans, n’est plus qu’un défilé d’égos. Des écrivains narcissiques obsédés du moi, et persuadés de l’intérêt de leur toute petite personne. Des livres souvent mal écrits, par des névrosés dont le regard se limite au nombril. Je vous épargnerai la très riche liste. Paradoxalement, et à leur corps défendant, ce « courant » finit par résumer leur époque.

J’ai voulu casser cette difformité, et parler du monde. Un polar politico sentimental, sur un suspens lancinant qui anime des personnages bousculés dans leur société. Une société en décomposition morale avancée, masquée d’un humanisme de pacotille.

L’emballage : Il est temps que le style de l’écriture retrouve sa place. Comme la mélodie de notre musique. Les deux ont disparu. J’ai voulu soigner cette harmonie, et beaucoup des retours m’ont décrit un mouvement de la phrase qu’on ne retrouve plus. J’ai la naïveté de les croire. Le lecteur jugera.

Comment s’est passé votre travail d’écriture ? Avez-vous une méthode pour écrire ? Des rituels ou des astuces ?

Je pars d’un univers. Me questionne sur les thèmes que je veux investir, généralement un travers de nos sociétés. Je choisi dans l’actualité, repère un fait divers qui illustre une controverse forte. Pour ce livre, j’ai choisi de disséquer l’alliance de l’hyper classe mondialisée et du sous prolétariat assisté, sur le dos des classes moyennes productrices. Mes personnages sont tous métaphoriques de ce projet. Le banquier, l’assassin et ses complices, les trois personnages principaux : une juge fonctionnaire, une journaliste salariée, un privé chef d’entreprise. Une des trois entités abattra les deux autres. Le véhicule qui doit porter l’intrigue et tenir l’haleine du lecteur, je le distingue dans un genre. Polar, thriller, ou autre. Enfin, la déclinaison. Une histoire forte qui doit animer des personnages rayés d’aspérités, écorchés, insurgés, sur des évènements qui les bousculent, les emportent ; De fortes épices de sentiments et d’érotisme délicat, pour exhaler un parfum à de belles histoires de rencontres et d’amour. Vient le temps de la rédaction, du rythme de la phrase, du choix des mots… Des mois de travail pour 350 pages Word…Puis, enfin un éditeur pour accepter le travail.

Envisagez-vous d’écrire un autre livre ? Si oui, sur quoi avez-vous envie d’écrire pour ce prochain livre ?

Le prochain est déjà prêt. Il disséquera la vengeance machiavélique d’un jeune surdoué, sur fond de crash financier planétaire. Un destin parti d’un humble village de montagne, qui parvenu dans l’influence des plus grands lieux de pouvoirs, abattra le système. Suspens, personnages hors des normes, passions amoureuses excessives, le tout entre Les montagnes, le pouvoir politique français, et Wall Street. 400 pages de suspense.  

Patrick Scarbotte, auteur de La Terre tournera sans nous, disponible sur le site des Editions Maïa. Cliquez ici pour le découvrir.

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